Artur du Plessis Laurent - mercredi 30 mai 2007
sarkozy, pecresse, juppe, christine-lagarde
Signe des temps, le gouvernement Fillon ne compte que deux énarques : Alain Juppé et Valérie Pécresse.
Mais on peut ne pas être énarque et ne savoir faire que de la politique, comme Nicolas Sarkozy et François Fillon : ils n’ont jamais exercé d’autre métier, tout au moins durablement. Sarkozy fut embauché par l’avocat Guy Danet, puis est devenu associé du cabinet d’avocats parisien « Leibovici - Claude - Sarkozy », spécialisé dans le droit immobilier. Le métier d’avocat étant incompatible avec tout autre activité, il n’eut que rarement l’occasion de l’exercer, ayant été happé par la politique. Fillon n’a fait que de la politique. Mais Sarkozy et Fillon ne s’y sont pas parachutés à partir des grands corps de l’État, tels l’Inspection des finances, le Conseil d’État ou la Cour des comptes. Ils viennent de la base. Sarkozy milita dans la section RPR de Neuilly. Fillon fut attaché parlementaire de feu Joël Le Theule, un enseignant d’origine modeste, auquel il a succédé à la maire de Sablé-sur-Sarthe et à la députation de la Sarthe.
Xavier Bertrand, ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, fut agent d’assurance. Et il entra en politique par le bas, militant dès 16 ans au RPR. Il besogna, de 1997 à 2002, comme assistant parlementaire de Jacques Braconnier, sénateur de l’Aisne.
Certains membres de ce gouvernement réussirent brillamment dans le privé. Exemple : Jean-Louis Borloo, ministre de l’Économie, des Finances et de l’Emploi. Nommé avocat au barreau de Paris au début des années quatre-vingt, il fonda un cabinet, d’abord spécialisé dans l’entreprise en difficulté puis dans la transmission, l’implantation d’entreprises, le marché financier, les fusions et acquisitions. Devenant l’un des conseils externes les plus recherchés par les grandes entreprises, il fut classé par Forbes parmi les avocats les mieux payés au monde.
Bernard Tapie fut l’un de ses clients. Borloo enseigna l’analyse financière à HEC Paris. En 1986, il accéda à la présidence de l’USVA (Union Sportive Valenciennes-Anzin), qu’il assuma jusqu’en 1991. En 1989, il fit une entrée fracassante en politique : il fut élu maire de Valenciennes, sans investiture politique, avec plus de 76 % des voix, au second tour.
Autre exemple qui mérite qu’on s’y attarde : Christine Lagarde, ministre de l’Agriculture et de la Pêche. Cette ex-membre de l’équipe de France de natation synchronisée entra, en 1981, chez l’Américain Baker & McKenzie, un des premiers cabinets d’avocats mondiaux. Elle en gravit tous les échelons jusqu’au poste de présidente. Sous sa présidence, Baker & Mckenzie augmenta son chiffre d’affaires de 50 %. Elle fut élue 5e femme d’affaires européenne par le Wall Street Journal Europe.
En avril 2005, elle entra au Conseil de surveillance de la multinationale néerlandaise ING Group, une des principales sociétés financières au monde. Femme d’influence, elle fut membre du Center for Strategic & International Studies (CSIS), un think tank, au sein duquel elle co-présidait avec Zbigniew Brzezinski la commission Action USA/UE/Pologne (où elle défendait les intérêts US) et suivait plus particulièrement le groupe de travail Industries de défense USA-Pologne (1995-2002) et les questions liées à la libéralisation des échanges polonais. En 2003, Christine Lagarde devint membre, toujours au sein du CSIS, de la Commission pour l’élargissement de la communauté euro-atlantique. En 2006, elle fut classée comme la 30e femme la plus puissante au monde par le magazine Forbes. Elle a vécu à Chicago jusqu’à sa nomination comme ministre déléguée au Commerce extérieur du gouvernement Villepin, en 2005.
Les journalistes sont fortement représentés dans les allées du pouvoir : Catherine Pégard, rédactrice en chef au service politique du « Point », a été nommée conseillère politique de Sarkozy, et Georges-Marc Benamou, journaliste à Nice-Matin et écrivain, conseiller culturel du nouveau président. Myriam Lévy, journaliste au « Figaro », est devenue conseillère en communication de Fillon. L’emprise de la communication sur la politique se confirme. Les IEP (Instituts d’Études politiques) en ont pris acte, qui proposent une section communication.
L’époque de l’énarchie triomphante semble révolue. Sortir de l’ENA, de préférence dans la « botte », c’est-à-dire dans les premiers, comme Giscard, Chirac, Juppé, Balladur, Fabius, Hollande, était la voie royale menant aux plus hautes destinées politiques. L’ouverture sarkozyenne à la société civile rapproche la Ve République de la IIIe.
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