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Sarkozy aussi avait intérêt à entrer au gouvernement!


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Baudouin Pierre - dimanche 12 juin 2005


La grosse surprise du remaniement ministériel consécutif aux résultats du référendum du 29 mai tient évidemment à la présence de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur.
Cet attelage Villepin-Sarkozy a, en effet, quelque chose de surréaliste: le poète, haut fonctionnaire, méprisant le suffrage universel, aura quelque difficulté à s’entendre avec l’animal politique, la bête de campagne, qu’est Nicolas Sarkozy – comme l’est, d’ailleurs, Jacques Chirac…
Mais, surtout, chacun se souvient des déclarations solennelles du Président, le 14 juillet dernier, donnant presque un cours de droit constitutionnel, pour apprendre aux Français, et à Sarkozy en particulier, qu’il était inconcevable, dans le dispositif institutionnel gaullien qu’un ministre soit chef du parti majoritaire.
Naturellement, chacun avait perçu la dimension ad hominem de la déclaration. Mais, on ne voyait pas les règles changer dans un avenir prévisible. Il est vrai que Jacques Chirac nous a accoutumés à de tels changements de doctrine…
Bref, ce qui aurait été viol de la constitution six mois plus tôt est devenu nécessité de salut public!
Mais, si un gouvernement du “oui” aurait eu quelque mal à se passer des services du chef du principal parti du oui, l’intérêt de Nicolas Sarkozy à intégrer le gouvernement paraît moins clair. À plus forte raison sous la férule d’un homme aussi différent de lui, aussi chiraquien, et aussi susceptible de devenir un rival, que peut l’être Dominique de Villepin.
Si Chirac avait proposé Matignon à Sarkozy, il aurait certes été difficile au président de l’UMP de décliner l’invitation. Mais, cette offre de la place Beauvau, d’un simple poste de n°2, paraît presque insultante.
En réalité, Nicolas Sarkozy n’avait guère le choix, là non plus. Dirigeant le principal parti de la majorité, faisant de “l’action” son principal argument de vente, comment aurait-il pu à la fois déclarer que les résultats au référendum étaient catastrophiques et exigeaient un rassemblement national, d’une part, et refuser, d’autre part, de participer au gouvernement? Il l’a dit lui-même: “Que n’aurais-je pas entendu si j’avais refusé?…”
Mais, il y a d’autres raisons – et évidemment plus importantes que ces affichages de façade. Il est clair que le président de l’UMP, en dehors des périodes d’investiture, “tient” beaucoup moins bien les parlementaires et les cadres du parti qu’un ministre, qui a des services à rendre. Or, Nicolas Sarkozy, que ce soit place Beauvau ou à Bercy, avait habitué les élus UMP à des largesses incomparables. La fermeture des “robinets” commençait à se faire sentir cruellement… Dans son nouveau rôle, Sarkozy va pouvoir donner à ses féaux des moyens de se faire réélire en 2007 – et glisser quelques peaux de bananes sous les pas des autres, cela va sans dire!
Enfin, il y a ces histoires de coups tordus. Au moins deux sont connus du public: l’affaire Clearstream (cette société luxembourgeoise que l’on a accusée d’être une plaque tournante du blanchiment d’argent), dans laquelle une note de la DST (alors sous la tutelle de Dominique de Villepin) accusait Nicolas Sarkozy de détenir un compte. Et l’affaire de son ménage, encore toute récente: son épouse Cécilia ayant quitté le domicile conjugal avec Richard Attias, chargé de l’événementiel chez Publicis. Que cette affaire ait été un peu “arrangée” par des officines, le seul fait que les époux Sarkozy se soient rabibochés dès l’annonce faite du retour de Nicolas place Beauvau en est un indice éloquent!
Désormais, les coups tordus seront non seulement plus facilement parés par Nicolas Sarkozy; mais ils seront également plus facilement donnés. Il n’est donc pas impossible que l’on assiste dans les prochains mois à une guerre discrète à coups de fiches et de barbouzeries entre le n°1 et le n°2 du gouvernement…
En tout cas, que la place Beauvau soit le fort Alamo des sarkozystes dans le gouvernement ultra-chiraquien importe peu; pour un candidat en “primaire”, le poste est un sérieux atout…


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