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Sarkozy en Russie, sous les lazzis


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Rouxel Jean - mercredi 17 octobre 2007

russie, sarkozy
Le style de Nicolas Sarkozy plaît aux Français, mais pas aux Russes, comme l’a montré sa visite officielle à Moscou du 9 au 11 octobre dernier : là-bas, la quasi-totalité de la presse le tourna en dérision. Elle s’esclaffa de ce qu’il s’était félicité, devant Vladmir Poutine, de s’être réveillé sur la Place Rouge : l’hôtel dans lequel il avait dormi ne s’y trouvait pas.

« On peut voir la Place Rouge depuis la fenêtre du Mausolée (de Lénine, au milieu de la place). Mais le Mausolée n’a pas de fenêtre », rigola le journal d’opposition Kommersant.

Les hautes talonnettes et le visage toujours en mouvement du président français amusèrent aussi beaucoup les journalistes russes. Dès le soir de son arrivée, il tutoya son homologue, qui lui rendit la pareille, lors d’un dîner entre « amis » dans sa datcha, après un joyeux tour du propriétaire dans un 4x4 piloté par ce dernier.
Le lendemain, lors d’un deuxième entretien, au Kremlin, le ton fut moins chaleureux : Poutine laissa le tutoiement à Sarkozy. Deux heures plus tard, ils donnèrent en commun une conférence de presse où Poutine fut glacial.

Le Russe, qui n’appréciait pas les leçons de démocratie administrées tout au long de son séjour par le Français, le contredit sur le dossier du programme nucléaire iranien : « Nous n’avons pas d’information sur la volonté de l’Iran de développer l’arme nucléaire. C’est pourquoi nous partons du principe que l’Iran n’envisage pas de le faire. » Sarkozy n’a donc pas réussi à infléchir le soutien de Poutine à Téhéran, à qui il veut éviter une aggravation des sanctions.

« Le Kremlin et la vision de la Place Rouge lui ayant donné des ailes, Sarkozy a parlé, lors de la conférence de presse, du souhait des investisseurs français d’entrer dans le capital de Gazprom [le géant gazier russe] », expliqua Nezavissimaïa Gazeta, sous le titre désobligeant : « Rêves et fantaisies de Nicolas Sarkozy ». « Ce n’est pas pour demain », lui fit écho le quotidien économique RBK Daily, à l’unisson de toute la presse.

Sarkozy n’a pas non plus convaincu Poutine sur l’indépendance du Kosovo, à laquelle la Serbie s’oppose avec le soutien de Moscou. Mais là, c’est heureux : cette indépendance serait une victoire pour les islamo-nationalistes soutenus par l’Albanie et la Turquie.
Les quolibets des médias russes sur Sarkozy reflètent les profondes divergences de vue entre l’Élysée et le Kremlin, et même l’opinion publique russe : elle se détourne de la France et de l’Occident. C’est inquiétant…

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