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Sarkozy prestidigitateur |
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Lance Pierre - mercredi 05 décembre 2007
sarkozy, economie
« Il n’est pas question de toucher aux 35 heures ; c’est un acquis social », déclare tranquillement le président Sarkozy devant les caméras. Après quoi, en trois coups de cuiller à pot, il pulvérise les 35 heures, les aplatit, les ratatine, les escagasse, au point qu’il n’en reste pratiquement rien. C’est-y pas joli, Messeigneurs ? De la prestidigitation politique de haute volée. Moi, j’adore !
Les socialistes ont à peine protesté. Et du côté des géniteurs de la calamité des 35 heures, à savoir Martine Aubry et Lionel Jospin : silence radio. Car tous ces gens-là savent très bien, au fond d’eux-mêmes, que cette initiative totalement anachronique avait gravement plombé l’économie française. À l’heure de la concurrence mondiale des industries, de la compétitivité obligatoire, de l’allongement de la durée de la vie et du déficit des caisses de retraite, elle n’était plus tenable. Tous les Français doivent aujourd’hui travailler plus et plus longtemps, s’ils ne veulent pas finir leurs vieux jours dans la mistoufle, et ils en sont parfaitement conscients.
Pour autant, ce qui reste de la chimère des 35 heures n’est pas négligeable en termes de liberté. Ceux qui préféreront ne pas travailler plus de 35 heures, quittes à se priver de certaines choses, parce qu’ils voudront privilégier leurs loisirs et leur vie familiale, pourront le faire tout en restant des salariés à temps plein. En revanche, ceux qui préféreront transformer leurs congés RTT en espèces sonnantes, après accord avec leurs employeurs, pourront aussi le faire. Et de même ceux qui seront volontaires pour travailler le dimanche à tarif double. L’industrie et le commerce vont grandement y gagner en termes de souplesse et de flexibilité.
Mais je voudrais pour ma part vous parler de ce que j’appelle « le mythe du pouvoir d’achat ». Car je crains que sur ce sujet nous ne nagions en plein délire. Il est possible que le pouvoir d’achat n’ait pas augmenté globalement au cours des trois années passées, mais il n’a certainement pas diminué (sauf peut-être pour les retraités).
En revanche, il a sans nul doute fortement augmenté au cours des vingt dernières années. Et les Français se sont si bien habitués à cette augmentation constante qu’ils poussent des cris d’orfraie si elle ralentit un tant soit peu.
Quel est donc ce mystère ? Pourquoi nos compatriotes ont-ils l’impression que leur pouvoir d’achat s’amenuise ? Tout simplement parce que c’est leur DÉSIR D’ACHAT qui augmente, lui, tous les jours et à vive allure. Le progrès technologique leur présente mille merveilles dont une pression publicitaire quasiment hypnotique leur donne l’appétit jusqu’à l’obsession. Les enfants et les adolescents en sont les premières cibles, et leurs dépenses pèsent de plus en en plus lourdement sur le budget des ménages. Je ne prendrai qu’un exemple : il n’est pas rare qu’il y ait aujourd’hui dans une même famille trois ou quatre téléphones portables, généralement utilisés en dépit du bon sens, et dont chacun coûte au minimum 25 euros par mois (80 % des Français en sont équipés). L’augmentation du prix de la baguette pèse bien peu à côté, si ce n’est qu’elle s’y ajoute. Et voyez ces gamins, lors de la rentrée des classes, qui demandent à leur mère un cartable « de marque ». En culotte courte et déjà snobs. Un comble !
Ah, bien sûr, il y a le prix de l’essence. Mais ça, c’est le problème du siècle. Et je vous prédis le baril à 200 dollars avant 2009. Nous nous sommes habitués à une consommation démente des énergies fossiles. Eh bien, c’est terminé ! Une révision déchirante s’impose. Nous devons réformer complètement notre mode de vie à cet égard. Et n’espérons pas que l’État baisse les taxes sur l’essence, car il faut réduire les pollutions causées par l’automobile.
Il va falloir renoncer à faire circuler sur les routes des millions de tonnes de marchandises, et les prix des denrées et objets devront être localisés. Un yaourt fabriqué dans le Calvados devra coûter beaucoup plus cher à Nice qu’à Lisieux. Vous serez amenés à consommer d’abord ce qui se produit dans votre région, si vous tenez à sauvegarder votre fameux pouvoir d’achat. Quant aux marins-pêcheurs, ils devront revenir à la marine à voile. C’est plus dur à manier, certes, mais le vent dans les voiles, c’est bon pour les poumons et ça ne coûte pas un radis !
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