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Sarkozy : retour à droite, mais confusion mentale


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Baudouin Pierre - mardi 29 avril 2008

sarkozy, reformes
Jeudi 24 avril, Nicolas Sarkozy s’est expliqué sur sa politique, un an après son élection. 11,7 millions de téléspectateurs ont suivi cette émission « En direct de l’Élysée ».
Et environ un Français sur deux a été convaincu par la prestation du Président – ce qui représente une nette amélioration par rapport aux sondages des jours précédents (où, généralement, moins de 40 % des Français approuvaient l’action gouvernementale).

Il faut dire que la prestation a été bonne. Un Président prêt à reconnaître ses erreurs. Un retour aux discours de campagne sur la diminution des dépenses publiques, sur la sécurité ou encore sur l’immigration.
Malgré cela, l’intervention présidentielle laisse un goût d’inachevé – qui ne laisse pas d’être inquiétant, après un an de présidence, et après deux mois de réflexion suivant l’échec aux municipales…

Sur la forme de la prestation présidentielle, tout d’abord : à plusieurs reprises, les journalistes ont dû revenir à la charge deux ou trois fois pour obtenir une réponse à leurs questions.
Ce qui donnait globalement l’impression d’un « show » parfaitement maîtrisé par un artiste du débat médiatique, mais qui, sur le fond, paraissait étrangement peu sûr de lui…

Sur l’organisation des réformes, ensuite. Nicolas Sarkozy a clairement rejeté toute hiérarchisation des réformes.
Pour une bonne raison d’ailleurs : le chef de l’État veut se démarquer des précédents gouvernements qui, sous prétexte de « hiérarchisation des réformes » ont mené à bien, dans le meilleur des cas, une seule réforme, ce qui était très insuffisant.
Et d’ajouter que toutes les réformes se tiennent et qu’il faut avancer sur tous les fronts en même temps. Soit. Mais cela ne dispense pas de définir un but clair, des objectifs intermédiaires bien identifiés et des moyens appropriés à la poursuite de ces fins.

Pour ne prendre qu’un exemple, une bonne hiérarchisation des réformes aurait permis de dire qu’en matière de finances publiques, le but du quinquennat était d’annuler le déficit dès le budget 2008 et de réduire la dette de tant de pour-cent en cinq ans ;
les objectifs intermédiaires auraient pu consister en suppression de tel budget, non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, privatisation ou délégation de service public pour tel service ;
et les moyens appropriés auraient pu être, selon les cas, le référendum (par exemple, dans l’hypothèse d’une suppression pure et simple du statut de la fonction publique), la loi ou la négociation contractuelle…

Ne pas hiérarchiser les réformes permet peut-être de les mener toutes de front, mais ne permet pas de savoir où l’on veut aller. Et, par conséquent, ne permet pas d’expliquer la logique aux Français. Quand le Président plaide coupable sur des problèmes de communication, il dispose là d’un axe de réelle amélioration…

Par ailleurs, le retour aux thèmes de campagne qui devrait réjouir les électeurs de droite n’est pas aussi rassurant qu’il pourrait l’être. Ainsi, Nicolas Sarkozy a-t-il défendu le « paquet fiscal », dénoncé la spoliation des héritages par l’État… Bravo !

Mais comment ne pas s’inquiéter de l’autosatisfaction qui laisse croire que la spoliation serait derrière nous. Le Président fait mine d’ignorer que le « bouclier fiscal » est troué et laisse passer beaucoup de prélèvements obligatoires.

De même, il maintient l’objectif de la réduction du déficit public. Mais cet objectif se traduit désormais ainsi :
« Le déficit sera réduit à l’horizon 2012 ». On peut encore espérer que ce soit une réduction à zéro, mais ce n’est pas dit. Et, surtout, pourquoi 2012 ? Le déficit public n’est pas une donnée liée au contexte international : si nous voulons voter un budget à l’équilibre, nous pouvons le faire sans demander la bénédiction des Chinois, des Américains ou de Bruxelles !
En écoutant Sarkozy, on en vient presque à se demander s’il ne confond pas dette et déficit.

Et cette confusion devient tout à fait certaine sur la question de l’immigration.
À la question de savoir s’il faut « massivement » régulariser les clandestins qui travaillent dans la restauration, le chef de l’État a répondu par la négative, en justifiant :
« On ne devient pas Français parce qu’on travaille dans la cuisine d’un restaurant.
» Ce qui est parfaitement vrai, mais complètement à côté de la question : on l’interrogeait sur la régularisation, il répond sur la naturalisation.

Décidément, cette prestation présidentielle nous ravit en ce qu’elle révèle un président resté proche du candidat de droite décomplexée, mais nous inquiète fort quant à la confusion mentale qui règne autour de Sarkozy, et probablement en lui aussi…

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