Rouxel Jean - mercredi 27 février 2008
sarkozy
Nicolas Sarkozy continue à dévisser dans les sondages. Il est au plus bas depuis son élection. Aussi essaie-t-il de renverser la vapeur, en modifiant son style de crooner attrape-tout de la politique. Il s’est octroyé un brevet de gaullisme, lors de l’inauguration de l’« Historial Charles De Gaulle », mémorial audiovisuel installé sous les Invalides.
Dans la majestueuse cour des Invalides, en présence de quelques figures du gaullisme, Sarkozy prit de la hauteur, évoquant la vie et la carrière du général De Gaulle : « Cet homme qui voulait que la politique se fît toujours à partir des réalités et des circonstances, disait aussi : “Si j’entends marcher librement, je ne marche pas pour autant au hasard”. Que cette phrase puisse inspirer chacun d’entre nous. »
On souhaiterait, justement, que Sarkozy, lui aussi, ne marche pas au hasard. Il se réclame de De Gaulle. Mais son style de gouvernement l’oppose à lui : sa fébrilité et son hyperactivité contrastent avec le flegme et la patience gaulliennes, sa dispersion de président omniprésent avec la concentration du fondateur de la Ve République sur quelques sujets cardinaux, sa désacralisation du pouvoir avec la solennité monarchique de celui que « le Canard enchaîné » avait caricaturé en roi Louis XIV plein de morgue.
Cette désacralisation confère un caractère paradoxal à l’« appel du 14 février pour une vigilance républicaine » publié dans « Marianne », qui dénonce « la monarchie élective ».
La politique étrangère – domaine où l’on a coutume d’opposer De Gaulle à Sarkozy – est un cas particulier. Celui-ci a initié un rapprochement franco-américain jugé peu gaullien. C’est oublier que De Gaulle avait fait chorus avec Kennedy lors de la crise de Cuba, en 1962. Aujourd’hui, Sarkozy se rapproche de Washington face à un autre enjeu vital : la montée de l’intégrisme islamiste. De Gaulle, soucieux de protéger la nation contre les périls à venir, en ferait peut-être autant, s’il était au pouvoir aujourd’hui…
Il est difficile de changer une image de marque. Si Sarkozy y parvenait, encore faudrait-il qu’il adopte, avec longanimité, une attitude conforme à sa nouvelle fonction. Le « Casse-toi alors, pauvre con ! » qu’il lança, lors de sa visite au Salon de l’Agriculture, à un badaud lui disant « Touche-moi pas, tu me salis », était peu gaullien.
Le problème de fond demeure : Sarkozy a été élu sur la promesse d’une rupture dans la gestion des finances publiques qui n’a toujours pas été engagée.
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