Lambert Paul - samedi 17 janvier 2004
Tous les Français savent que l’immigration est notre premier fardeau, le plus grave et le plus urgent de nos problèmes, mais pas un seul homme politique de la majorité ou de l’opposition actuelle n’a seulement osé prononcer ce mot pendant toute la campagne électorale de 2002.
La France souffre d’une grave « fracture nationale » entre, d’un côté le peuple français, grâce à qui notre pays accomplit parfois des exploits, et de l’autre nos élites politiques qui nous ont construit depuis trente ans ce que Rachid Kaci, un immigré qui honore la France, a baptisé « La République des lâches » (dans un ouvrage publié aux éditions des Syrtes), et qui écrit dans un article (« Le Figaro » du 6 avril 2003) : « ne pas avoir la même exigence envers les Français d’origine étrangère qu’envers les autres Français constitue le comble de la mentalité coloniale ».
Chacun se souvient du match de football entre les équipes de France et d’Algérie où la Marseillaise et le drapeau français avaient été sifflés et hués sans qu’aucune des personnalités présentes ne réagissent. Il est vrai que c’était du temps de M. Jospin.
Mais à la fin de la campagne électorale, c’est bien M. Chirac qui, élu par 82 % des voix, a été accueilli place de la République par une nuée de drapeaux marocains, algériens, tunisiens… Or, il n’a, semble-t-il, rien vu.
Vers la même époque, on apprenait par la presse que des beurs avaient brûlé, dans une petite ville du Tarn et Garonne, sur la place publique, des drapeaux américains et anglais, auxquels ils avaient ajouté des drapeaux français pour ne pas faire de jaloux. La source n’était pas un responsable politique, local ou national, c’était des retraités anglais retirés dans cette petite ville et qui déménageaient pour s’installer dans un petit village de Dordogne tant ils avaient été horrifiés et scandalisés par ces actes et « les tensions qui s’exacerbaient avec les beurs ».
Alors, M. Sarkozy est arrivé et il a un grand mérite, indiscutable : il parle clair.
Il a osé parler d’immigration. Il a même élaboré une loi sur ce sujet. Il a osé déclarer que pas un seul centimètre carré du territoire ne devait échapper au contrôle de la police. Il a osé remettre en route le processus d’expulsion des clandestins. Il a inversé les courbes d’évolution de l’insécurité. Et il a acquis grâce à cela une popularité record, qui lui a donné des ailes pour les plus hautes ambitions.
Mais il s’est cru obligé de payer tout cela par des déclarations censées le dédouaner auprès des gauchistes. Tout d’abord, il s’est posé en homme de raison, opposé aux extrémistes des deux bords : d’une part ceux qui prônent l’immigration zéro « qui n’a aucun sens, car la France s’est construite par l’immigration », et d’autre part ceux qui prônent, à l’inverse, une immigration sans limites. « Nous avons besoin d’immigrés, mais nous n’avons pas besoin de tous les candidats à l’immigration », a-t-il conclu.
Cette déclaration suffit à nous éclairer.
Un ministre courageux, dans une « république du courage », aurait déclaré : « La preuve est faite, depuis longtemps, qu’un pays économiquement développé, non seulement n’a pas besoin de main d’œuvre en provenance des pays sous-développés, mais qu’au contraire, ce recours affaiblit la compétitivité de ses entreprises et développe une mentalité esclavagiste d’exploitation de la pauvreté. En revanche, le premier devoir des pays développés est d’aider les habitants des pays sous-développés à sortir de leur misère et à rejoindre le niveau de vie des pays développés, car le gouffre qui s’est creusé entre les uns et les autres constitue le plus grave problème de tous les temps. La France en fait son premier devoir sacré en
lançant une véritable croisade pour le développement des pays d’Afrique ».
Mais ce gage donné aux gauchistes par M. Sarkozy en affirmant que « nous avons besoin d’immigrés » ne lui a pas paru suffisant : il en a ajouté un second en prenant position contre ce que ces derniers ont baptisé la « double peine ».
Cette appellation fallacieuse fait partie de l’art sémantique de nos trotskistes, car le fait de ne pas accepter sur notre sol des gens qui ne respectent pas nos lois est normal. Si ces trotskistes accueillent chez eux des gens qui leur dérobent ou cassent ou brûlent leurs biens, ils les mettront à la porte de toute évidence.
Mais ce second gage donné n’a pas paru encore suffisant à M. Sarkozy : il en a ajouté un troisième, en se prononçant pour la « discrimination positive », l’argument étant qu’il faut compenser la « discrimination négative » subie par les immigrés, et qu’il fallait prochainement nommer un préfet maghrébin. M. Chirac a eu beau jeu d’expliquer que nommer un haut fonctionnaire en fonction de ses origines et non pas de ses mérites « n’était pas convenable ».
Ces gages donnés aux gauchistes, pour faire passer sa politique de remise en ordre dans le domaine de la sécurité, ont pour objet d’être gagnant aussi bien à droite qu’à gauche, et d’avoir les voix des uns et des autres. Il en est de même de ses sourires et mimiques forcées. Tout cela est trop calculé, trop habile, pour passer auprès de l’opinion.
* Président fondateur de l’association « Voix des Français-Renaissance 95 »
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