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Sarkozy va-t-il décevoir ?


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Lance Pierre - mardi 28 août 2007

sarkozy, politique
Un ami m’affirmait un jour : « Un homme politique ne peut que décevoir. C’est une sorte de fatalité. Il déçoit parce qu’il a fait trop de promesses, peut-être sincères, mais en surestimant ses capacités à les tenir et en sous-estimant l’adversité. Il déçoit parce que ceux qui l’ont porté au pouvoir espéraient trop de lui et rêvaient de miracles, trop avides qu’ils étaient de voir la société changer dans le sens qu’ils souhaitent, trop enclins aussi à croire en un “homme providentiel” et à s’imaginer que l’homme d’État peut tout ou presque, alors qu’en fait il peut très peu. »

Si cette analyse s’appuie, en effet, sur un grand nombre de confirmations historiques, je refuse quant à moi de croire en cette fatalité de la déception. Si l’on met à part ceux qui sont toujours déçus parce qu’ils se font des illusions (et qui sont toujours plus nombreux à gauche qu’à droite, puisque, comme chacun sait, la droite pense et la gauche rêve), je ne crois pas que les électeurs, dans leur ensemble, s’attendent à des miracles. Je crois même qu’ils s’attendent davantage à être déçus qu’à être comblés. Mais il n’en reste pas moins que l’espoir est indéracinable du cœur de l’homme, et c’est heureux d’ailleurs. Sur ce point, la légende de la boîte de Pandore demeure une vérité philosophique éternelle : Lorsque, la boîte ayant été imprudemment ouverte, tous les maux se sont échappés sur le monde, il reste au fond l’espérance.

Qu’espèrent, au fond, les électeurs de celui auquel ils ont accordé leur confiance ? D’abord, sans aucun doute, qu’il soit honnête, dans ses paroles comme dans ses actes. Et surtout, surtout, qu’il garde son cap et tienne fermement la barre, quels que soient les écueils, les coups de tabac et les tempêtes, qui ne manquent jamais en politique. Certes, il a des adversaires qui entendent bien lui mettre des bâtons dans les roues et ruiner ses projets, tout en guettant sa moindre erreur. Sans doute il navigue dans un contexte international sur lequel il a peu de prise. Certainement il se heurte à des imprévus et à des empêchements auxquels il n’avait point songé. Mais au milieu des difficultés et de l’adversité, le pire qu’il puisse faire, à mon sens, c’est de verser dans le compromis, de mettre trop d’eau dans son vin, de lâcher trop de lest. Car alors, ce sera le signal, pour les ennemis, de la curée ; et pour les amis, de l’amertume.

Dans le cas précis de Nicolas Sarkozy, s’il ne veut pas décevoir, il ne doit rien céder sur ce qu’il a promis aux Français, ne reculer sur aucun créneau, ne tiédir en aucun domaine. Au lendemain de son élection, il bénéficiait - et il bénéficie encore - d’une popularité dépassant largement son électorat. Il est le Président de tous les Français, c’est entendu. Mais la grande erreur serait de croire que cela doit conduire à ne mécontenter personne. Il faut mécontenter ! Il faut imposer résolument les réformes nécessaires au bien de la nation à ceux qui n’en veulent pas, c’est-à-dire aux parasites de la République, qui ne brandissent le mot « solidarité » que dans le but de conserver leurs privilèges.

Il faut imposer sans faiblir l’égalité des droits qui est le fondement de notre démocratie et que nous avons laissée à la dérive. Il est, par exemple, totalement inadmissible que des Français soient empêchés d’aller à leur travail et de gagner leur vie parce que ceux qui ont mission de les transporter se mettent en grève et refusent un service minimum, tout en se vantant d’accomplir un « service public », ce qui est le comble du cynisme. Et il est plus inadmissible encore que les salariés du privé aient des droits à la retraite très inférieurs à ceux de l’État, ce qui est le comble de l’injustice !

Nicolas Sarkozy doit être bien conscient que s’il déçoit ceux qui ont voté pour lui, il décevra en réalité tous les Français. Il ne doit pas commettre la faute trop habituelle des hommes politiques qui pensent obtenir un consensus en faisant des concessions à leurs adversaires idéologiques, car c’est tout le contraire qu’ils obtiennent. Concéder ou céder, c’est encourager l’ennemi et c’est perdre l’ami. Tenir parole et tenir tête, voilà ce que les Français attendent de leur Président.

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