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Sauvons la langue française


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Lance Pierre - samedi 06 novembre 2004


Le monde moderne a besoin, depuis au moins trois décennies, d’une langue internationale facilitant la communication entre les peuples. En premier lieu, bien sûr, pour la facilité des échanges commerciaux, considérablement développés par la mondialisation, mais aussi pour le tourisme et tous les autres échanges. Enfin pour favoriser les relations pacifiques, car, depuis toujours, il est impossible d’apaiser les conflits si l’obstacle de la langue multiplie les incompréhensions, les méfiances et les malentendus.
Plusieurs essais de création d’une langue internationale furent tentés dans le passé, dont la plus célèbre fut sans doute l’esperanto. Malgré toute la sympathie que m’avait jadis inspiré ce projet, je l’ai toujours considéré comme utopique, parce qu’il me semblait que seule une minorité de gens motivés ferait l’effort d’apprendre une langue artificielle ne correspondant pas à une vraie culture. Une langue doit être vivante, donc pratiquée naturellement dès l’enfance par les membres d’une population dont elle exprime la culture et la psychologie et qui évolue en même temps qu’elle. Cette langue peut ensuite être adoptée au fil des siècles par d’autres populations, en fonction des péripéties politiques et de l’influence qu’exerce sa nation d’origine.
Dès lors que le besoin d’une langue véhiculaire se faisait pressant, c’est-à-dire au lendemain de la deuxième guerre mondiale,
il était inéluctable que ce rôle revienne à l’anglais, tant par l’importance des peuples anglophones que par la montée en puissance des États-Unis. À quoi s’ajoutaient les avantages incontestables de cette langue simple, directe, aux formules brèves et concentrées, sans difficultés particulières de prononciation ou de déclinaison.
On est en droit de considérer que le français est une langue plus littéraire, plus riche, plus nuancée et mieux adaptée à la culture, à la psychologie, à la diplomatie, mais l’anglais n’en demeure pas moins certainement plus pratique et plus efficace dans la vie quotidienne du commerce, des affaires et des techniques.
Je crois donc qu’il est vain de regretter l’expansion mondiale de l’anglais, fait incontournable et probablement positif. (D’ailleurs, selon certains historiens, « c’est la faute à Jeanne d’Arc », puisque, si elle n’avait pas bouté les Anglais hors de France, le français eût été la langue officielle du Royaume de France et d’Angleterre, donc par la suite celle des États-Unis...).
Le rôle légitime
de l’anglais
Toutefois, autant il n’y a pas lieu de récriminer contre le rôle international de l’anglais, autant il convient de s’élever avec vigueur contre un certain impérialisme culturel anglophone qui exerce des pressions de plus en plus fortes et tendrait, si l’on n’y prenait garde, à marginaliser les autres langues. Utilisant son expansion industrielle et commerciale, la culture anglo-saxonne déborde largement ces domaines et outrepasse de manière arrogante son espace légitime. Notre lecteur Jacques Costagliola me signale que des firmes américaines implantées en France (comme par exemple la General Electric Medical Systems - GEMS) prétendent imposer la pratique exclusive de l’anglais au sein de l’entreprise, en violation flagrante de la loi Toubon sur l’utilisation obligatoire du français comme langue de travail sur le territoire national. « Le Parisien » du 23 octobre citait ces entreprises au sein desquelles on impose l’anglais : Rhône-Poulenc-Bayer Cropscience, Usinor devenue Arcelor, Aventis-Synthélabo. Mais l’aberration totale est atteinte avec des entreprises françaises soumises à l’anglais obligatoire, telles Danone, Thomson, Alcatel, les AGF ou Axa. Heureusement, d’autres sociétés résistent, à l’instar de Total, Suez ou Lafarge, qui pratiquent le bilinguisme et respectent les langues locales dans leurs filiales.
Le 23 novembre prochain, la GEMS est assignée en justice pour violation de la loi Toubon. Il faut que le tribunal condamne cette société et que cette décision fasse jurisprudence, afin de mettre le holà à cette inacceptable dérive. Il est déjà scandaleusement abusif que les titres des chansons et des films américains ne soient plus traduits dans notre langue. Les jeunes Français n’ont sans doute pas conscience que cette cynique exploitation de leur snobisme et de leur vanité anglomane met en danger leur langue maternelle, qui reste pourtant l’une des plus belles au monde.

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En bref
FRANCE 2
La « deuxième chaîne » devenue Antenne 2, puis France 2, est née le 18 avril 1964. En 2003, son audience moyenne a été de 20,5 %, contre 31,5 % à TF1.

Communication

PORNO Le CSA a autorisé l’opérateur du câble Noos à diffuser, entre minuit et 5 heures du matin, la grande chaîne du hard en Europe : Private Gold, diffusée en anglais depuis Amsterdam. Jusqu’à présent, seule la chaîne XXL, qui totalise 1,3 million d’abonnés était autorisée. Si l’on ajoute Pink TV, la chaîne gay, dont l’argument de vente est de diffuser 8 % de ses programmes avec du porno ou du charme, cela fait 3 chaînes pornos sur le câble ou le satellite. Sans compter les chaînes qui diffusent de tels programmes, ponctuellement.

THÉMATIQUEs  L’audience des chaînes thématiques en France dépasse 11 %. Mais elles ne captent que 4 % du marché publicitaire.

RADIOS  Au cours des dix dernières années, le nombre d’auditeurs quotidiens de la radio est passé de 36 à 40 millions. La durée d’écoute a diminué, passant de 193 minutes à 175 minutes.

PRESSE  Il y avait fin 2003, 29 200 points de vente de journaux (Maisons de la presse, kiosques…) soit 4 600 de moins que 8 années auparavant. À Paris, le nombre de kiosques est passé de 355 à 300 depuis 2000.

SOUS-TITRAGE  Le Sénat veut rendre obligatoire, d’ici 5 ans, le sous-titrage pour les sourds et les malentendants, de tous les services de télévision, à l’exception des messages publicitaires, à partir du moment où leur audience dépasse 2,5 % de l’audience totale. Le coût moyen d’un sous-titrage est de 1 400 euros par heure.




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