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Sauvons les infirmières bulgares en Libye |
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Lance Pierre - mercredi 18 juillet 2007
terrorisme
Nul n’ignore que le Colonel Khadafi est un fou furieux qui multiplie depuis plus de trente ans les provocations en tout genre. Et nul ne doute de sa responsabilité dans les odieux attentats de Lockerbie (1988, explosion d’un Boeing de la Panam, 270 morts) et du Ténéré (1989, explosion d’un DC10 de l’UTA, 170 morts dont 65 Français). Dans les deux cas, il aurait fait agir ses services secrets à la demande de l’Iran, mais la culpabilité du commanditaire n’exclut pas celle de l’exécutant. Nous avons affaire à des États-voyous qui n’hésitent pas à faire massacrer des civils dans le seul but de représailles politiques.
Actuellement, c’est l’affaire des infirmières bulgares qui met encore une fois la Libye au ban des Nations. L’innocence des accusées ne fait aucun doute, et ces pauvres femmes désespérées qui moisissent depuis huit années dans les prisons libyennes doivent se dire que l’Europe est décidément un consortium de lâches patentés. Comment l’Union européenne peut-elle tolérer que plusieurs de ses ressortissants soient injustement condamnés à mort par un tribunal fantoche aux ordres d’un potentat sans scrupules ? Comment un État d’à peine 7 millions d’habitants peut-il ainsi défier une Communauté de 450 millions d’âmes et prendre certains de ses citoyens en otages en toute impunité ? Cela dépasse l’entendement !
Nicolas Sarkozy a fait savoir, durant sa campagne électorale elle-même, à quel point la situation des infirmières bulgares lui semblait inacceptable. On sait que le Président a voulu axer sa politique sur la notion de « rupture ». Mais à propos de rupture, il serait peut-être temps de rompre quelques lances sur le dos de Khadafi.
Notre nouveau Président semble soucieux d’acquérir une stature européenne et on ne saurait le lui reprocher. Or, la Bulgarie est membre désormais de l’Union des 27, les Bulgares étant d’ailleurs des Européens depuis toujours, que je sache. Chargée d’une mission hautement symbolique, la Première Dame de France, Cécilia Sarkozy, est allée en Libye rendre visite aux infirmières et au médecin condamnés et s’est entretenue de cette affaire avec le Colonel Khadafi. Certes, l’épouse du Président n’a aucun rôle officiel dans la République, mais n’oublions pas que le Président peut charger qui il veut d’une mission diplomatique. Et nul doute que le tortueux Colonel aura mesuré l’importance de cette démarche pour le moins originale.
Au moment où j’écris ces lignes, lundi 16 juillet à huit heures, on attend la réunion du Conseil supérieur des instances judiciaires libyennes qui doit statuer sur une « demande de clémence » déposée devant lui et dont on espère une « réponse favorable » pour le 23 juillet. Malgré son titre ronflant, il est évident que ce Conseil est aux ordres du tyran. D’autre part, on parle de sombres tractations financières qui pourraient aboutir à dédommager les familles des enfants victimes à hauteur d’un million de dollars par famille, ce qui devrait chiffrer le total à plus de 400 millions de dollars (438 enfants ont été contaminés, dont 56 sont décédés).
Autrement dit, nous nous retrouvons devant une cynique demande de rançon, assortie de l’engagement signé par les condamnés de ne pas poursuivre la Libye en justice pour leurs huit années d’enfermement, ce qui révèle à quel point les Libyens sont peu sûrs de leur position devant la justice internationale. Quant à savoir quelle est l’origine de l’affaire, je ne vois pour ma part qu’une hypothèse crédible : les enfants ont sans doute été contaminés à la suite de dysfonctionnements hospitaliers ou en matière d’hygiène dont les autorités libyennes sont responsables, et le Colonel a cherché fébrilement des boucs émissaires étrangers afin de détourner la fureur des familles. Car il ne faut pas croire que Khadafi n’a pas d’opposition, même si il l’a réduite au silence. Il y a déjà eu des complots contre l’autocrate, notamment fomentés par des officiers de l’armée. Il faudrait tout de même réussir à débarrasser le monde de « chefs d’État » de cet acabit. Car payer des rançons n’a jamais été une bonne solution.
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