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Sectes, dérives sectaires et libertés individuelles


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Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 26 mars 2008

religion
La fin de la campagne municipale a malheureusement interrompu un débat qui promettait d’être passionnant : celui qui tournait autour de la déclaration d’Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy à l’Élysée.
Emmanuelle Mignon aurait, en effet, déclaré au journal VSD, du 20 février : « Les sectes sont un non-problème en France ». Et elle aurait ajouté ces propos peu amènes au sujet de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires : « À part publier des rapports annuels, la Miviludes ne fait rien. »

Le contexte était mal venu : Mme Mignon s’exprimait après deux discours très controversés du Président sur la laïcité (à Rome et à Riyad). Mme Mignon elle-même était « soupçonnée » d’être l’une des inspiratrices de ces deux discours.
Il n’en fallait pas davantage pour qu’instantanément la malheureuse directrice de cabinet devienne l’organisatrice d’un vaste complot clérical contre la laïcité !

À vrai dire, la question de savoir si ces propos sont bel et bien avérés n’est pas claire : Emmanuelle Mignon a démenti ; VSD a confirmé.
Mais cette question est secondaire. Sur le fond, une telle levée de boucliers s’imposait-elle à propos de semblables déclarations ?
Cette question de fond est elle-même double : elle touche d’une part à l’organisation de la lutte anti-sectes en France et d’autre part à la conception française de la laïcité.

Sur l’organisation de la lutte anti-sectes en France, il est probable qu’il y ait une sorte de guerre entre les administrations concernées, actuellement, et que les propos réels ou supposés d’Emmanuelle Mignon doivent se comprendre dans ce contexte. Ce que Raphaël Liogier, directeur de l’Observatoire du religieux à l’IEP d’Aix en Provence, résumait en parlant du« face-à-face de deux cultures administratives, celle du ministère de l’Intérieur (le Bureau central des cultes), et celle de Matignon (Miviludes) ».
Personnellement, je ne vois pas bien à quel titre la laïcité française serait mise en danger par le fait que le BCC prendrait le pas sur la Miviludes…

Il faut toutefois mentionner dans la lutte anti-sectes, à côté des administrations, le rôle de quelques parlementaires. Mais, lorsque l’on sait que l’un des plus en pointe sur ce dossier est Jean-Pierre Brard, député communiste bon teint et spécialiste incontesté de l’inquisition fiscale, on peut douter sérieusement du zèle de cet homme pour les libertés publiques !

Bref, étriller la Miviludes peut éventuellement être un indigne procès d’intention. Mais la réponse est aisée : il suffit que la Miviludes présente son travail et, s’il est de qualité, tout le monde s’inclinera.

En revanche, on discerne aussi un enjeu idéologique important derrière l’agitation relative aux propos de Mme Mignon : ce que les médias ont traduit, avec leur habituelle subtilité, par le débat « laïcité à la française » versus « américanisation de la société ».
Il est pourtant clair et évident que la société américaine est une société laïque – même si cette laïcité est historiquement différente de la nôtre.

Mais, si on lit jusqu’au bout les propos de Mme Mignon, on peut effectivement lire une assez radicale critique de la « laïcité à la française ». Parlant de la Scientologie, elle déclarait en effet : « Ou bien c’est une dangereuse organisation et on l’interdit, ou alors ils ne représentent pas une menace particulière pour l’ordre public et ils ont le droit d’exister en paix. »
Il est certain que cela va à l’encontre de la conception française de la laïcité qui prête toujours à l’État des extravagantes compétences religieuses, pour dire a priori quelle religion a droit de cité ; ou encore, pour apprendre aux imams quelle est la bonne interprétation du Coran !

Oui, Mme Mignon remet en cause, si ces propos sont vrais, la laïcité. Mais cette remise en cause ne me semble pas vraiment une régression !

Il existe en France un Code pénal assez clair. Si un gourou scientologue viole ou escroque une victime, cela s’appelle un crime, passible de peines précises – potentiellement aggravées du fait que le gourou bénéficiait d’une autorité sur la victime dont il a abusé. Mais ce crime n’est en rien différent de celui d’un instituteur, d’un juge ou de quiconque.

Pour le dire d’un mot, complétant la phrase prêtée à Emmanuelle Mignon, il me semble qu’une façon civilisée de traiter la question des sectes dans la France du XXIe siècle serait de dire : Non les sectes ne sont pas un problème. Les dérives sectaires, en revanche, en sont un, bien réel. Mais il a une solution : l’application stricte de la loi pénale !…

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