Barrucand Pierre - samedi 13 décembre 2003
Il y a une vingtaine d’années commença en France une singulière campagne contre les « sectes », terme sous lesquels on amalgamait diverses petites religions, les unes chrétiennes, les autres pas, mais aucune d’inspiration islamique. Utilisant des méthodes quasi-staliniennes d’amalgame, on formulait contre toutes des accusations qui, examinées de plus près, se révélèrent fausses ou, au moins, plus qu’exagérées et parfois fantasmatiques, voire délirantes.
Pendant cette période, et quelques aient été les gouvernements, cette campagne trouva l’oreille de ceux-ci et des administrations amenant la constitution de trois Commissions d’enquête parlementaire et le versement par les pouvoirs publics, aux frais du contribuable, de sommes considérables à des associations créées dans le seul but de la lutte contre les « sectes ».
La Commission d’enquête présidée par le député (de droite !) Alain Gest, alla jusqu’à refuser d’entendre les chercheurs spécialisés dans l’étude objective des faits religieux.
En conséquence, fut votée une loi contre les « manipulations mentales » et créée par le gouvernement Jospin une « Mission interministérielle de lutte contre les Sectes » (MILS) dissoute par Sarkozy qui a maintenu une mission contre les dérives sectaires.
En fait, la création de la MILS a constitué, sans qu’il y eût de protestations fortes, le démenti le plus extraordinaire du principe de
laïcité.
Pendant ce temps et sans que nul ne s’en soucie, des missionnaires, venus essentiellement du Proche-Orient, s’occupaient à reprendre en mains, par manipulation ou autrement, la population musulmane de France dont la foi était jugée déclinante. Ainsi, il y a vingt ans, nul ne pouvait voir une femme voilée, ni dans les collèges, ni même dans les rues ; or, les musulmans étaient déjà nombreux. Pis, nombreuses étaient les musulmanes d’origine à épouser un infidèle ! La première apparition d’un voile dans un collège entraîna une vive réaction du « principal » Ernest Chénière qui voulut défendre la laïcité et sut se faire élire député en 1993. Déjà alors, des « rottweilers », comme dit Guy Millière, dénoncèrent le « racisme » de Chénière ! Que s’était-il passé ? Que se passe-t-il encore ?
L’islam a toujours connu des mouvements extrémistes ou « intégristes » souvent violents. Ainsi, le wahhabisme en Arabie, les Frères musulmans en Égypte. Ces courants ont été renforcés dans leur espoir de victoire totale, impliquant chez quelques rêveurs le désir de reconquête de l’Andalousie voire plus, par l’affaire de Suez (1956), et surtout, l’abandon de l’Algérie (1962) qui entraîna l’exil de toute la population non musulmane de ce pays.
Il faut donc, pour ces gens, à la fois « purifier » des pays jugés corrompus par de mauvais gouvernements et par l’influence occidentale, et rétablir une structure communautaire islamique dans les diasporas musulmanes. Pour ce faire, en priorité, remettre les femmes à leur place : la soumission ; et amener à vivre isolés les musulmans, ségrégés dans des quartiers débarrassés de la présence d’infidèles. La crainte et l’insécurité créées par une classe dangereuse de « jeunes » en rébellion servirent ce projet. Étrange complicité objective.
Mais il fallait obtenir aussi de la part de certains infidèles de la compréhension, voire de la sympathie. À ce point de vue, certains gauchistes et des organisations telles que le MRAP jouent à la perfection le rôle d’imbéciles utiles quand ils suggèrent que toute critique de l’islam fut-elle théologique ou au contraire politique et sociale, est « raciste ».
Il ne saurait être question de contester le droit à la liberté religieuse ou à la pratique d’une religion (si cette pratique est conforme à la loi du pays). Ceci est vrai pour les scientologues comme pour les musulmans. Pas plus qu’il ne peut être question de contester le droit de s’interroger sur certains aspects de l’islam, notamment sur son attitude vis-à-vis de la femme.
De même, est-il raciste ou sacrilège de s’interroger sur la compatibilité entre la charia et la notion de droit de l’homme, même si on donne à cette dernière un sens très vague ? Pour employer un certain vocabulaire politiquement correct, la charia ne serait-elle pas « fasciste » ?
Le problème du voile islamique n’a rien de religieux ; et il est purement politique. Toute comparaison avec le port d’une croix ou d’une coiffure est inadéquate. Il s’agit d’affirmer ostensiblement à la fois la défense de la charia contre la conception occidentale du droit et la soumission totale de la femme contrairement à nos idées égalitaires et à nos principes moraux. Il s’agit aussi d’une volonté de double ségrégation, celle entre femmes et hommes et entre « purs » et « impurs », c’est-à-dire infidèles ou musulmans tièdes.
Dans de telles circonstances, il ne saurait être question de tolérer certaines pratiques, telles celle-ci, pas plus que de demander à un pays musulman d’accepter que l’on vienne faire griller des brochettes de porc dans les mosquées !
Qui ne voit combien dérisoire a été la lutte inepte contre les sectes alors que toute une stratégie politique complexe se mettait en œuvre sous le prétexte de l’islam ?
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