Rouxel Jean - mercredi 18 octobre 2006
Ségolène Royal a déclaré, dans « The Times » du 13 octobre : « Les capitalistes doivent être effrayés ». À cause des délocalisations. « Ils ne peuvent pas se débarrasser des gens comme ils veulent. Ils doivent rendre des comptes. […] Nous devons empêcher ces externalisations sauvages. Les travailleurs n’ont aucun pouvoir. Il faut taxer les entreprises qui délocalisent les emplois, et taxer leurs produits, lorsqu’elles les réimportent. »
Cette position gauchisante est un revirement spectaculaire ! Jusqu’à des temps récents, Ségolène n’avait guère été prolixe sur les questions économiques. Mais, il lui avait suffi d’afficher une claire admiration pour Tony Blair.
Cela lui avait valu de vives critiques de la part de ses adversaires socialistes, l’accusant d’être une libérale, une libre-échangiste. Elle n’en avait cure : son ascension au firmament des sondages plaidait pour sa stratégie électorale d’ouverture aux idées libérales, dans un pays accablé d’impôts et de contraintes administratives. Ses prises de position sur la Nation, l’ordre, la militarisation de l’éducation des jeunes délinquants, ont construit l’autre pilier de sa popularité. Tout cela l’a fait passer pour une femme de droite dans bien des milieux : un atout, quand l’opinion publique se droitise.
Mais sa triomphale chevauchée dans les sondages ne fait pas oublier à Ségolène Royal qu’elle est engagée, avec Strauss-Kahn et Fabius, dans une compétition pour l’investiture du PS à la présidentielle. C’est une autre arène, bien plus étroite que celle de l’opinion publique. Les arbitres y sont les militants du Parti socialiste, qui se recrutent majoritairement dans la fonction publique, notamment l’Éducation nationale. C’est un petit monde qu’il n’est pas question de contrarier avec des propos libéraux, sous peine de ne pas obtenir l’investiture. Strauss-Kahn et Fabius l’ont bien compris, qui ont gauchisé leur discours. Ségolène en fait autant, donnant à croire que, si elle devenait présidente, elle maintiendrait l’économie sous l’étroit contrôle de l’État. Elle se dit fidèle aux principes, professés par la gauche française, de forte protection sociale et d’interventionnisme de l’État.
De quoi satisfaire les « camarades » les plus sourcilleux quant au respect des traditions du parti de Jaurès et Blum. Si elle obtient l’investiture du PS, n’étant pas à un opportunisme prêt, elle reviendra, sans doute, au blairisme : il combine le modernisme des idées libérales avec la tolérance que beaucoup de Français prêtent à la gauche.
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