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Soljénitsyne : Vive la société organique


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Thieulloy (de) Guillaume - mardi 19 août 2008

communisme, tradition
Le 3 août dernier, Alexandre Soljénitsyne a quitté ce monde. Bien que cet écrivain soit certes un géant de la littérrature mondiale – un des rares que le prix Nobel ait repéré par mégarde –, nous ne nous serions pas permis d’ajouter le modeste hommage des « 4 Vérités » au concert d’éloges… si lesdits éloges n’avaient été, en réalité, des insultes – le plus souvent sans que les auteurs en aient conscience.

Pour la quasi totalité de la presse française, Soljénitsyne était en effet une sorte de khrouchtchévien : il était l’incarnation de la déstalinisation.
Comme nos « élites » sont parfaitement incapables d’imaginer une société qui ne soit pas collectiviste au plus haut degré, elles peuvent certes récuser le totalitarisme stalinien – et ne s’en font plus faute… à peine 55 ans après la mort de Staline, ce qui montre à la fois leur prodigieuse clairvoyance et leur admirable courage intellectuel ! –, mais elles ne peuvent remplacer le stalinisme que par un « socialisme à visage humain ».
Soit dans sa version trotskiste (comme si Trotski n’avait pas été avec Lénine le fondateur de l’appareil répressif soviétique…), soit dans sa version social-démocrate (fausse droite comprise).

Ici se loge l’abîme d’incompréhension des prétendues élites occidentales à l’égard de l’auteur de l’Archipel du goulag. Le prix Nobel ne lui fut attribué en 1970 que parce qu’il faisait le jeu de la politique de déstalinisation, alors en vogue.
Et personne n’imagina qu’un dissident pouvait être aussi un anti-socialiste convaincu et cohérent.

Plus grave encore, cet anti-socialiste fut la dernière grande voix à s’élever contre la « dissociété » occidentale, comme disait le philosophe belge Marcel De Corte.

Le discours de Harvard, en 1978, consomma la rupture avec la nouvelle gauche qui n’aurait pas demandé mieux que de se ranger sous la bannière de Soljénitsyne… s’il y avait eu quoi que ce soit de commun entre eux. Mais imagine-t-on Soljénitsyne appelant à voter Ségolène Royal?…

Il suffit de se rappeler ce jugement brutal mais réaliste, dès les premières phrases du discours, pour comprendre le rejet instantané dont l’écrivain a été l’objet de la part d’un Occident, qui souhaitait aduler un apôtre de la « détente » et non un dangereux « réactionnaire » :
« Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. »

Par la suite, enfin débarrassé de l’équivoque, et contraint à travailler dans l’indifférence générale, le grand écrivain russe put à la fois approfondir les causes de la Révolution d’octobre et proposer un autre regard sur la « société organique » – aussi éloignée des démocraties libérales que des démocraties populaires.

On peut certes refuser de suivre Soljénitsyne jusque-là. On peut critiquer son amour de la Russie orthodoxe et de la Russie des tsars. Mais le couvrir d’éloges en omettant délibérément cet aspect de sa pensée, c’est, à mon avis, l’insulter.

Mais peut-être y a-t-il un point sur lequel les « élites » occidentales peuvent moins facilement encore suivre le grand écrivain :
il s’agit de sa thèse sur la continuité entre la Révolution de 1789 et celle de 1917.
Souvenons- nous de son admirable discours aux Lucs sur Boulogne, en plein coeur de la Vendée militaire où les hordes génocidaires de Turreau exterminèrent tout un village, sans en excepter personne.
« De nombreux procédés cruels de la Révolution française ont été docilement appliqués sur le corps de la Russie par les communistes léniniens et par les socialistes internationalistes.
Seul leur degré d’organisation et leur caractère systématique ont largement dépassé ceux des jacobins. »
Et encore : « Les hommes ont fini par se convaincre, à partir de leur propre malheur, de que les révolutions détruisent le caractère organique de la société, qu’elles ruinent le cours naturel de la vie, qu’elles annihilent les meilleurs éléments de la population, en donnant libre champ aux pires. »

Tant que le grand auteur se contentait de dénoncer le goulag stalinien, beaucoup pouvaient le suivre. Mais dire que l’Occident souffrait d’une autre sorte de collectivisation-atomisation de la société ; et dire surtout que les germes collectivistes et totalitaires étaient présents dès la déclaration des droits de l’homme de 1789 ;
voilà qui était, et qui demeure, parfaitement inaudible pour l’intelligentsia française.

Mais c’est aussi pour cela que le traditionaliste indécrottable que je suis a passionnément aimé cet écrivain. Avec son immense talent littéraire et la stature que lui conférait son courage et ses années de souffrances, il a clamé, dans un monde qui ne pouvait plus l’entendre, ce que je crois

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