Courrier - mercredi 01 décembre 2010
euro
Qui se souvient aujourd’hui des festivités qui ont accompagné l’entrée dans l’euro ? Pourtant, les avertissements n’ont pas manqué. Moi-même, alors membre du Conseil de la politique monétaire, je dénonçais l’euro-béatitude, qui consistait à penser que l’euro résoudrait toutes nos difficultés.
C’est bien évidemment l’inverse qui s’est produit, de l’aveu même du président Van Rompuy.
Hier, c’était la Grèce. Aujourd’hui, c’est l’Irlande et le Portugal. À quand le tour de la France ? Et, finalement, n’est-ce pas l’Allemagne qui choisira de sortir la première ? Si j’étais Allemand, je supporterais difficilement d’être obligé de financer le laisser-aller des autres pays…
Pour nous, la conclusion est claire. Il n’y a pas, pour notre pays, d’autre solution que la sortie de l’euro.
Que nous a apporté l’euro ?
– Un million de chômeurs en plus à cause d’entreprises non compétitives !
– L’euro est surévalué par rapport aux autres monnaies du monde, d’environ 20 à 30 %.
– Une augmentation des prix, alors qu’on nous affirme le contraire. Et les baisses de l’indice des prix sont la conséquence de la concurrence chinoise et du dumping du dollar.
– Un déséquilibre gravissime de notre commerce extérieur. Contrairement à ce qui nous a toujours été dit, il y a une diminution de la part de la France dans l’économie mondiale.
– Enfin, et c’est peut-être le plus grave, une aggravation sans précédent des inégalités. Quand comprendra-t-on que la mondialisation au travers de l’euro égalise les prix des facteurs de production dans le monde ? Pourquoi les ouvriers français, seraient-ils mieux payés que les ouvriers chinois au moins aussi travailleurs et aussi efficaces ?
Tout cela, je l’avais dit comme membre du Conseil de la politique monétaire de la manière la plus officielle, ainsi qu’au cours de toutes les conférences que je faisais partout dans le monde, en tant que président du club des numéros un français à l’exportation. À l’époque, l’euro n’avait pas encore créé de dégâts. Aujourd’hui, la plupart des gens commencent à l’admettre, mais nous sommes sur un champ de ruines.
Les seuls Français qui ont bénéficié de l’euro, ce sont les banques – pas toujours pour en faire le meilleur usage –, les sociétés du CAC 40, et les dirigeants des organismes internationaux. Ce sont Jean-Claude Trichet, Pascal Lamy, Dominique Strauss-Kahn, qui apparaissent à toutes les pages des magazines économiques, avec l’air préoccupé. Ces hommes et ces femmes sont des pyromanes. Ils font croire qu’ils veulent éteindre un incendie, alors que c’est le feu qui les fait vivre. Ils ajoutent de la monnaie, dans laquelle ils nous demandent d’avoir confiance, alors que cette confiance est déjà largement obérée par leurs décisions.
L’Europe est une belle et noble ambition, mais l’euro qui était censé la faire progresser, va entraîner sa désintégration.
Alors, nous dit-on, vous avez sans doute raison, comment feriez-vous ? Paradoxalement, ceux qui nous disaient hier qu’il n’y aurait pas de problème pour la création de l’euro, nous disent aujourd’hui que sa suppression en créerait d’énormes. Alors qu’à mon sens, la création a été extraordinairement difficile et que la sortie le serait beaucoup moins.
Les mêmes nous disent aussi que nous jouons contre la monnaie. Mais vous, Messieurs, ne jouez-vous pas contre votre pays en vous entêtant dans une politique monétaire digne de Law, ce financier écossais de sinistre mémoire.
J’affirme avec force que la sortie de l’euro est techniquement possible.
1) Historiquement, la quasi-totalité des unions monétaires ont disparu au profit de la recréation des monnaies nationales (l’union monétaire latine, la Tchécoslovaquie, les républiques de l’ex-URSS…).
2) Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, il n’y a pas un euro, mais des euros. Il y a l’euromark, l’euro franc, l’euro peseta…
Dès lors, la solution est extrêmement simple. Elle se passe en deux étapes.
Dans un premier temps, les euros deviennent des euros francs, des euromarks selon la nationalité de leurs détenteurs.
Immédiatement après, les différents pays procèdent aux ajustements monétaires nécessaires pour rééquilibrer le différentiel de compétitivité accumulée depuis 12 ans (pratiquement 100 % pour la Grèce, 35 % pour la France, 50 % environ pour l’Espagne).
Et l’euro resterait l’unité de compte qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être.
Jean-Pierre Gérard
Vice-Président de DLR
Ancien membre du Conseil de
la politique monétaire
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