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Sortir de l’euro, sortir du constructivisme


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Beau Jean-François - mercredi 17 août 2011

euro, livres
Euro Jean Jacques RosaJean-Jacques Rosa est l’un de ces rares économistes qui ont toujours contesté la possibilité de créer une monnaie unique en Europe. Avec des économistes aussi différents que Maurice Allais, Milton Friedmann, ou Paul Krugman. Et, surtout, avec ses trois complices, Alain Cotta, Gérard Lafay et Jean-Pierre Vespérini.

Voici une vingtaine d’années, quand on était, comme moi, hostile, pour des raisons politiques, à cette monnaie unique et que l’on souhaitait entendre et comprendre des arguments économiques opposés à la vulgate que l’on trouvait partout, de TF1 au Monde, en passant par l’Élysée et la Sorbonne, on tombait inévitablement sur les écrits de Jean-Jacques Rosa.

Et je lui suis profondément reconnaissant de m’avoir appris que l’euro ne pourrait qu’imploser, ses membres ne constituant pas une « zone monétaire optimale » (leurs économies étaient trop différentes et ces divergences n’avaient pas vocation à se résorber, mais, au contraire, à s’accentuer).

Ce qui est fascinant dans la crise que nous traversons, c’est qu’elle était parfaitement prévisible. La meilleure preuve, c’est qu’elle a été prévue de la manière la plus nette par des auteurs comme Rosa. Oh, certes, on ignorait combien de temps cette pure construction chimérique allait tenir, mais on savait avec certitude qu’elle ne pourrait durer…

Et le fait d’avoir prévu et annoncé le fiasco donne une certaine légitimité à Jean-Jac­ques Rosa pour parler aujourd’hui.
À vrai dire, ce qu’il dit aujourd’hui n’est qu’une adaptation de ce qu’il disait hier. Mais, à l’heure où l’euro est en crise aiguë, crise dont, selon toute vraisemblance, il ne pourra pas sortir indemne (en tout cas, pas dans son état actuel, sur le même nombre de pays membres et avec les mêmes parités), il est intéressant d’écouter ce que cet économiste a à nous dire de la sortie de crise.
La première chose que Rosa nous dit fut, pour moi, aussi surprenante qu’elle est logique : « Sa disparition [de l’euro] ne doit pas être redoutée mais accueillie au contraire comme une chance pour la croissance future de nos économies » (p. 21).

Mon premier mouvement était de me dire qu’il fallait en sortir, et au plus vite, mais que cela serait douloureux. La bonne nouvelle de Rosa est d’autant mieux venue, qu’elle vient éclaircir un horizon plutôt sombre !
Mais, à bien y réfléchir, cette bonne nouvelle tombe sous le sens : si ce carcan monétaire est un poids si lourd pour nos économies qu’il nous a conduits à la crise actuelle, il va de soi que sa disparition ne constituera pas un supplice, mais bien une libération !
Pour sortir de la crise, il existe en gros deux directions : soit un retour aux économies locales (nationales ou régionales), soit une fuite en avant vers plus « d’intégration ».

Jean-Jacques Rosa est évidemment favorable à la première ligne. Tou­jours pour les mêmes raisons : si l’euro fut un lit de Procuste, incon­fortable pour la quasi totalité des pays membres, le doubler d’une « gouvernance écono­mique » – même si cela a, contrairement à l’union monétaire, les apparences de la logi­que – ne peut qu’aggraver le mal.

C’est tout à fait mon avis, pour des raisons politiques et philosophiques. Fervent adepte du principe de subsidiarité, je crois que les décisions politiques ou économiques sont d’autant plus légitimes et d’autant plus efficaces qu’elles sont prises plus près de ceux qu’elles concernent. Est-il besoin d’ajouter que la subsidiarité dont je parle est l’exact inverse de la prétendue subsidiarité de l’Union européenne (pour qui les États n’ont le droit de se saisir d’un dossier que si l’Union les en prie) ?

Ce petit livre explique également comment, techniquement, cette sortie de l’euro pourrait se faire. Com­ment le renchérissement – annoncé par les « élites » – de notre dette publique, consécutif à la dévaluation du franc restauré, peut être évité facilement en inversant l’ordre des opérations, c’est-à-dire en dévaluant d’abord l’euro et en revenant ensuite au franc. Et qu’en tout état de cause, ce renchérissement est largement surestimé par lesdites « élites ».

Une chose au moins apparaît claire : le constructivisme absurde des dirigeants politiques et économiques n’a aucun avenir. Plus vite nous en sortirons, mieux nous nous porterons !


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