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Suite ou fin du Front national...


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Lassieur Pierre - samedi 17 juillet 2004


Deux ans après le décevant deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002, les résultats du Front national aux différentes élections du printemps dernier ont été inférieurs aux attentes : 14,7 % au premier tour des régionales (15 % en 1998) et 9,8 % aux européennes (10,5 %
en 1994. Le chiffre de 1999 - 5,7 % - ayant été faussé par la scission, alors récente).
Le FN, qui avait brusquement pris son essor en 1983-84, sous la gauche, n’a progressé ensuite que lentement et même, maintenant, semble ne plus progresser, le maximum ayant été atteint à la présidentielle 2002 avec 16,8 % au premier tour.
Une telle situation est-elle susceptible de durer encore longtemps ?
Deux échéances approchent : en 2007, la présidentielle et les législatives et, à une date indéterminée, la retraite à laquelle, bon gré mal gré, Jean-Marie Le Pen va devoir se résoudre, la politique écartant systématiquement les personnes âgées. Qui pourrait prédire ce que deviendra le parti, privé de celui qui le porte à bout de bras depuis vingt ans ? J.-M. Le Pen a été à la fois la force et la faiblesse du Front National :
• La force à cause de son exceptionnel talent oratoire (la Callas en politique), de sa pugnacité et d’un don certain de rassembleur ;
• La faiblesse en raison d’un caractère peu porté à la diplomatie, le don de rassembleur ayant d’autre part disparu depuis 1998 pour laisser place, au contraire, à un certain esprit de discorde. Ses excès de langage ont d’ailleurs braqué contre lui une grande partie de l’électorat, même de droite.
C’est pourquoi, de nombreux cadres du parti ont suivi Bruno Mégret fin 1998, persuadés que cet intellectuel froid, posé, sérieux, talentueux en outre, parviendrait à attirer à un nouveau Front national un nombre d’électeurs beaucoup plus grand. Cela ne s’est pas produit, le public populaire étant resté fidèle à Le Pen. Mégret n’a jamais pu dépasser 3,5 % des suffrages et est maintenant tombé presque à zéro.
Il faut donc se méfier quand on parle de l’après Le Pen. Ce peut être un nouveau départ, comme ce peut être la disparition pure et simple du Front national, surtout si la droite molle demeure au pouvoir, dirigée par un homme supérieur à Chirac. Le parti est-il capable de survivre à son héros ? Le ou les successeurs de celui-ci pourront-ils faire aussi bien ou mieux que lui ? La réponse n’est pas évidente. Quoi qu’il en soit, la longue durée qui nous sépare de 2007 devrait être mise à profit pour régler la succession. J.-M. Le Pen n’a pas intérêt à se présenter de nouveau à la présidentielle, où son résultat serait vraisemblablement inférieur à celui de 2002, mais à partir en beauté. Sans doute y pense-t-il puisque, depuis des mois, toujours habité par le sens de la famille, il tente de pousser à la première place l’une de ses filles. Pourquoi pas ? Comme disait de sa profession, vers 1920, un médecin homéopathe notoire qui appartenait à une dynastie : « L’homéopathie est un gâteau qui se mange en famille ». Le nom resterait le même et le prénom aurait la même consonance. Malheureusement, Marine Le Pen n’a pas plu aux électeurs. Tête de liste en Ile-de-France, elle n’a obtenu, au premier tour des régionales, que 12,2 % (16,3 % en 1998 pour le FN), alors que les deux premiers dans la hiérarchie après son père en étaient respectivement à 18,2 (Rhône-Alpes ; 18,9 en 1998) et 17,9 (Nord-PdC : 15,3 en 1988). La cause est donc entendue. Si le FN désire réaliser une contre-performance à l’élection présidentielle de 2007, il n’a qu’à présenter Marine Le Pen. Ni sa chevelure, ni son trop jeune âge, ni son inexpérience ne correspondent au portrait d’un président de la République que les gens imaginent.
Que peut donc faire le FN ? L’attachement de son électorat à la personne même de Jean-Marie Le Pen est très grand : aux trois élections présidentielles auxquelles il s’est présenté (1988, 1995, 2002), il a obtenu deux points de plus que son parti aux législatives et aux régionales de la même période. L’amoindrissement progressif de son successeur, quelles que soient ses qualités, n’est-il pas à craindre ? Une conjoncture aussi délicate exige au moins que le nombre des erreurs tombe à son minimum, ce qui n’a pas été le cas ces derniers mois, si l’on songe aux humiliations infligées à plusieurs notables de son parti…

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