Poncins (de) Michel - dimanche 03 octobre 2004
Dans la course à la parlotte perpétuelle, le bonhomme Raffarin vient de marquer un point : il a annoncé 230 mesures pour réformer l’État, ce qui générerait 500 millions d’euros d’économies. Sauf erreur de calculette, ce sont bien les taille-crayons qui sont visés. Malgré la sonnerie de trompe, l’équipage de chasse n’est pas prêt car les journaux ont ajouté que Francis Mer présiderait une commission pour la mise au point nécessaire. Faute d’être Président d’EDF, le voici Grand Veneur. À l’allure habituelle des commissions, les taille-crayons ne sont pas près d’entendre sonner l’hallali. À 43 autour de la table, on finit par se connaître et le même Raffarin ne peut ignorer qu’il a nommé ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’État, un certain Renaud Dutreil, et que ce dernier est flanqué d’un secrétaire d’État à la réforme de l’État, Eric Woerth. Il est vrai que le prédécesseur de ce dernier avait déclaré un jour, « Le débat pertinent est : comment retrouver un service public attractif ». Autant dire qu’il avait peur de ne pas avoir assez de fonctionnaires ! Mais voici encore plus drôle si l’on peut dire. Sachant, sans doute, que la réforme de l’État est impossible, les deux camarades ont lancé, non le 1er avril, mais le 14 juillet s’il vous plaît, une annonce dans le J.O. pour un marché public. Citons sans frémir l’objet du marché qui est : « La réalisation de prestations de conseil en stratégie auprès de hauts responsables en charge de la définition et de la mise en œuvre de la réforme de l’État. » Donc, depuis plusieurs mois dans ces fonctions prestigieuses, le seul effet de leur action est de constater honnêtement leur incompétence et de rédiger l’annonce publique la confirmant. Les énarques et les chefs syndicalistes ont du bien rire en lisant le J.O., ils savent que si, dans le système socialiste, rien n’est réformable, c’est en particulier à cause de leur obstruction permanente. De même, et pour d’autres raisons, à des milliers de kilomètres de là, les Chinois des franges côtières ont du bien rire aussi, tout occupés qu’ils sont à accueillir les industriels français en quête de cieux plus cléments que les bords de la Seine. Il est possible, après tout, que les consultants éventuellement candidats ne se soient pas bousculés pour soumettre au marché dont l’incongruité ne leur a pas échappé. Cela expliquerait les 230 mesures. Il ne faut pas, pour les raisons énoncées plus loin, « réformer l’État », et toute idée de ce genre ne fait que prolonger l’immense machinerie publique qui détruit la France. Il faut et l’on peut, si on le veut, dégraisser à grande vitesse l’immense machinerie. La première raison est que selon la volonté des pouvoirs socialistes de la fausse droite et de la vraie gauche depuis 60 ans, l’État est devenu un enchevêtrement d’usines à gaz, elles-mêmes groupées en galaxies d’usines à gaz et en amas de galaxies. La différence avec le beau ciel que le Créateur offre à notre admiration est que les amas de galaxies y obéissent à des lois immuables et harmonieuses. Dans les amas de galaxies du système socialo-communiste de la R.F., ou « République Fromagère », les intérêts privés de tous les acteurs, notamment publics, sont aux aguets et aucun mouvement n’est possible sans heurter le mur de leurs intérêts et se perdre dans le sable du temps. Ensuite, dans l’obésité générale, les structures administratives sont contradictoires, inefficaces, et de ce fait somnolentes ; les vrais contrôles en sont absents et il n’y a pas de culture du travail bien fait. Les chefs syndicalistes sont embusqués au coin de chaque couloir et personne ne sait qui dirige vraiment. Plaquer un paquet de mesurettes sur un tel désordre ne pourra jamais donner rien de bon. Un seul exemple : au ministère des Finances, 18 sites Internet ont été développés sans aucune cohérence entre eux, malgré leur proximité géographique à Bercy. Et pourtant le bâtiment est rempli d’énarques « que le monde entier nous envie ». Enfin, rappelons que dans le grand fouillis, les économies vraiment possibles ne sont jamais réalisées. La carte vitale devait sauver la sécurité sociale. Des millions de feuilles de soins ont été supprimées sans qu’un seul employé soit licencié ! Le fouillis est tel qu’une loi ne peut pas entrer en vigueur sans ses décrets d’application et un tiers des lois restent des lois mort-nées, faute de ces décrets d’application. Un vrai pouvoir de droite rendrait la liberté au peuple français en supprimant à grande vitesse un nombre considérable de tâches étatiques avec disparition des administrations et des impôts correspondants. Malgré la légende répandue à grands frais, c’est parfaitement possible avec une stratégie adaptée. Alors, dans un État amaigri, les tâches restantes pourraient être mieux prises en charge, avec des solutions étudiées pour chaque cas, et conduites avec prudence.

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