Menou Pierre - lundi 13 décembre 2010
front-national
Lu dans la presse
Où va le Front national ? La question n’est pas anodine, s’agissant d’un parti qui s’était hissé au deuxième tour de la présidentielle en 2002 et serait susceptible de rééditer cet exploit en 2012, à en croire Le Journal du Dimanche du 12 décembre. L’hebdomadaire, qui titre « Pourquoi Marine Le Pen inquiète la droite », affirme que « des députés UMP craignent « un 21 avril à l’envers ».
Deux photos à la Une : à gauche Jean-François Copé, avec la légende : « Nous sommes en danger ». A droite Marine Le Pen : « Mon objectif, arriver au pouvoir ».
« Plus Marine Le Pen monte dans les sondages, plus elle affole la droite », écrit Bruno Jeudy dans le Journal du Dimanche (ça ne s’invente pas) : « tous les ingrédients sont réunis pour voir prospérer la candidature de la fille de Jean-Marie Le Pen » écrit encore Jeudy. Au point que Jean-François Copé plaide « pour la reprise du débat sur l’identité nationale »…
Le terme « reprendre » n’est sans doute pas le plus adéquat pour qualifier un débat sur l’identité nationale qui n’a jamais été ouvert, et qu’il serait sans doute temps d’ouvrir, justement, en posant les vraies questions, celles qui intéressent les Français et plus particulièrement les électeurs de droite, à quelque mouvance qu’ils appartiennent. Il est en effet douteux que la majorité présidentielle réussisse à récupérer les voix des électeurs lepénistes qui ont permis à Nicolas Sarkozy de gagner en 2007, tant que les ministres nommés par le président affirmeront, comme le fit Eric Besson lorsqu’il était précisément ministre de l’identité nationale, que « la France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble », et qu’« Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage. »
Reste à décrypter le jeu que sont en train de jouer les médias, concernant le Front national et Marine Le Pen. On sait qu’ils sont à gauche : une enquête de l’hebdomadaire Marianne publiée en avril 2001 montrait que 63% d’entre eux s’apprêtaient à voter au premier tour pour un candidat de gauche à la présidentielle de 2002, tandis que 6 % s’avouaient prêts à voter pour un candidat de droite, (dont 4 % pour Jacques Chirac et 0% pour Jean-Marie Le Pen).
A partir de là, deux questions se posent :
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Pourquoi le JDD titre-t-il maintenant sur Marine Le Pen en laissant entendre qu’elle peut créer la surprise en 2012 ? Non qu’elle ne puisse effectivement s’imposer au deuxième tour ; mais en publiant cet article à quelque jours des élections pour la présidence du Front national, l’hebdomadaire ne souhaite-t-il pas favoriser la victoire de Marine Le Pen sur Bruno Gollnisch ?
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Si les médias poussent Marine Le Pen, n’est-ce pas avec l’espoir qu’un bon score de la candidate frontiste affaiblira Nicolas Sarkozy face au candidat de gauche – quel qu’il soit –, avec l’assurance que si Marine Le Pen l’emportait contre Sarkozy au premier tour, ledit candidat de gauche, quel qu’il soit, triompherait aisément au deuxième tour ?
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En mettant en garde contre la possible présence de Marine Le Pen au deuxième tour, Jean-François Copé ne joue-t-il pas lui aussi sur le registre de la peur, en adressant aux électeurs de droite tentés par le vote FN le même message : attention, vous allez faire gagner la gauche ?
Le jeu est tordu à souhait : au moment même où ils favorisent la candidature de Marine Le Pen contre Bruno Gollnisch avec l’espoir qu’elle gênera Sarkozy, les mêmes médias s’emploient à discréditer la fille de Jean-Marie Le Pen, en exploitant le pseudo-« dérapage » qu’elle aurait commis en comparant « l’occupation » des quartiers par les musulmans à celle de la France par les Allemands pendant la deuxième guerre mondiale : une « provocation raciste » pour Le Parisien du 12 décembre, « parfaitement calculée pour créer la polémique », aux yeux du Journal du Dimanche.
Comparaison n’est certes pas raison, mais la vice-présidente du parti lepéniste précisait : « Certes il n’y a pas de blindés, il n’y a pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants ».
De quoi créer le scandale ? « De droite à gauche, ses propos ont déclenché l’indignation », écrit Martine Chevalet dans Le Parisien. Et Jean-François Copé s’écrie de son côté : « C’est son père, la même personnalité, les mêmes techniques, les mêmes amalgames ».
On savait depuis la parution d’un de ses derniers livres et l’évocation de ses rapports avec Lady Di que Valéry Giscard d’Estaing est un tombeur, mais de là à lui faire endosser la paternité de Marine Le Pen !… Car si ma mémoire est bonne, c’est VGE, et pas J-M L P, qui avait établi un parallèle entre immigration et invasion, dans Le Figaro Magazine du 21 septembre 1991 : « Ce type de problème actuel auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l’immigration (“arrivée d’étrangers désireux de s’installer dans le pays“) vers celui de l’invasion (“action d’entrer, de se répandre soudainement“, selon la définition donnée par Littré).», écrivait à l’époque l’ancien président de la République, porte-étendard du centre et de l’européisme.
L’échiquier politique aurait-il donc tellement évolué en 20 ans, que les barons de l’UMP, héritiers de l’antique RPR, sont plus à gauche aujourd’hui que ne l’était alors l’euro-centriste Giscard d’Estaing ?
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