Trémeau Bernard - mardi 06 novembre 2007
ecologie, impots
Il était prévisible que le Grenelle de l’environnement aboutisse en France à de nouvelles taxes, les « taxes écologiques ». Pour plusieurs raisons. Les caisses de l’État sont vides, et tous les moyens sont bons pour les remplir, même l’écologie. D’autre part, plus les hommes au pouvoir en France prélèvent d’impôts, plus ils sont persuadés que la redistribution qu’ils effectuent rend leur peuple plus heureux. Enfin, les Français croient naïvement que taxer les usines ou les vilains camions pollueurs, ne diminue pas leur pouvoir d’achat, comme le ferait une augmentation de la TVA.
La réalité est malheureusement bien différente.
Une taxation des entreprises émettant du CO2 augmentera automatiquement leurs coûts de production. Soit l’entreprise n’est pas exposée à la concurrence et elle augmentera automatiquement son prix de vente pour retrouver son équilibre financier. Soit l’entreprise est exposée à la concurrence, elle essaiera alors de retrouver son équilibre en réduisant ses autres dépenses : arrêt des augmentations de salaires, choix de fournisseurs étrangers, réduction des investissements.
Un seul exemple. La taxation des camions circulant en France réjouit tout le monde, car ces gros camions, le plus souvent étrangers, encombrent nos routes. On espère ainsi vivre mieux en France à peu de frais. Malheureusement, la SNCF n’est pas un concurrent sérieux pour les camionneurs. Une entreprise de camionnage privée livre en moyenne dans les 48 heures le produit qu’on lui a demandé de transporter. La SNCF a besoin de 15 jours en moyenne (quand elle n’est pas en grève) et c’est plus cher. Or le supermarché où nous effectuons une partie importante de nos dépenses a besoin d’être livré très rapidement.
Tout allongement de la durée de livraison coûte très cher. La taxe ne dirigera finalement que très peu de clients vers la SNCF. Les camions continueront à rouler et nous achèterons nos produits un peu plus chers. Les taxes écologiques vont donc automatiquement engendrer de l’inflation par les coûts. Or pour deux raisons, cette inflation est source de chômage.
Elle est d’abord source de chômage en Europe. Car la quantité de monnaie que peut émettre la Banque centrale européenne dépend de l’inflation par les coûts qui touche l’euro dans tous les pays européens. Plus cette inflation est importante, plus la quantité d’euros mise sur le marché doit être faible.
C’est mathématique. De ce fait, le pouvoir d’achat des Européens progresse plus lentement et les entreprises qui améliorent leur productivité n’ont plus assez de clients. Elles commencent par ne plus embaucher. Elles finissent par licencier. L’obligatoire ralentissement économique qu’entraîneront les nouvelles taxes écologiques françaises ou européennes réduira d’autant les capitaux dont tout le monde a besoin pour investir dans les économies d’énergie ou dans le développement durable.
Elle est en plus source de chômage en France. Si les taxes écologiques ne sont que françaises, elles aggravent le cancer qui ronge déjà notre économie. Chaque mois, nos entreprises sont un peu moins compétitives. Les statistiques du mois passé le prouvent une fois de plus. Les consommateurs français préfèrent les produits étrangers, moins coûteux. Les producteurs français trouvent de moins en moins de clients. Les producteurs français délocalisent (et ils font alors de bons bénéfices à l’étranger) ou ferment boutique. Heureusement, Paris, la Côte d’Azur ou Courchevel attirent par leur beauté les riches étrangers qui peuvent payer. Tandis que les pauvres Français vont faire du tourisme dans des pays bien moins coûteux.
Dans de telles conditions, une augmentation des taxes touchant uniquement les entreprises françaises serait suicidaire, à moins qu’elle ne soit compensée par une diminution équivalente d’autres taxes touchant les entreprises. Le fameux bonus malus. Il faut au contraire réduire les taxes touchant nos entreprises, en imitant la Lituanie, l’Allemagne ou la Finlande.
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