Lance Pierre - mercredi 07 juin 2006
Enfin ! Peut-être aperçoit-on à l’horizon l’espoir que justice soit rendue - vingt ans après ! - aux victimes françaises du nuage de Tchernobyl. En effet, le Professeur Pierre Pellerin, qui était en 1986 chef du Service central de protection contre les rayonnements ionisants, a été mis en examen le 31 mai par la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy pour « tromperie aggravée » dans le cadre de ses fonctions. Il lui est notamment reproché d’avoir sciemment caché à la population française les conséquences redoutables des retombées de poussières radioactives consécutives à l’arrivée au-dessus de notre territoire du nuage évacué par l’explosion de la centrale de Tchernobyl. Sont parties civiles dans cette affaire plus de 500 victimes françaises de maladies thyroïdiennes, dont de nombreux cancers touchant plus particulièrement les enfants exposés.
Je suis cette affaire depuis la parution du premier livre-enquête de Jean-Michel Jacquemin-Raffestin « Ce fameux nuage… Tchernobyl » paru en 1998. Scandalisé par les révélations très bien documentées de cet ouvrage, je fis paraître dans le N° 129 de janvier 1999 de ma revue « L’Ère nouvelle » un article vengeur intitulé « Un paisible retraité est-il le plus grand a… de France ? ». Je posais la question à mes lecteurs en leur transmettant les informations données par Jacquemin sur les conséquences tragiques de la rétention d’information dont s’était rendu coupable le service dirigé par M. Pellerin et je les incitais à en tirer eux-mêmes leurs conclusions. Il faut en effet rappeler qu’après l’accident de Tchernobyl, les gouvernements des pays européens situés à l’Est de la France (Italie, Suisse, Allemagne, etc.) avaient informé leurs populations des risques encourus et des précautions à prendre pour limiter leurs effets, à savoir : s’abstenir durant quelques semaines d’absorber des légumes frais et des laitages (pour contamination des cultures et des prairies), empêcher les enfants de jouer dans les jardins et les bacs à sable, éviter de s’exposer aux pluies, etc. Mais en France, aucun avertissement, aucun conseil, indifférence totale envers les victimes potentielles, bref, on voyait se déployer l’un des aspects les plus monstrueux de la trop fameuse « exception française ». Les plus vulnérables : bébés, jeunes enfants, femmes enceintes étaient ainsi livrés sans défense aux poussières radioactives tombant des cieux sur nos cultures, nos jardins, nos prés et nos vaches laitières.
Lorsqu’il publia en 2001 son second livre « Tchernobyl : Aujourd’hui les Français malades », Jacquemin-Raffestin commit l’imprudence de me citer au cœur de son ouvrage en reprenant le titre de mon article. M. Pellerin l’attaqua aussitôt en diffamation. Ainsi, non seulement ce haut responsable de la sécurité nucléaire n’entendait pas reconnaître ses fautes, mais il poussait le cynisme jusqu’à attaquer ses dénonciateurs. (Il porta plainte également contre Michèle Rivasi, présidente de la CRII-Rad à l’époque, et Hélène Crié, pour leur livre « Ce nucléaire qu’on nous cache », ainsi que contre Noël Mamère.) Et le plus incroyable, c’est qu’il obtenait gain de cause, au moins partiellement. Jacquemin-Raffestin fut en effet condamné en dernière instance à 1 000 euros d’amende, ce qui était tout de même très loin des 76 000 euros (500 000 F à l’époque) demandés par M. Pellerin. Aujourd’hui, à l’âge de 82 ans, le professeur trompeur est enfin sur la sellette. Mais la rapidité légendaire de la justice française me fait craindre qu’elle soit rattrapée par le jugement dernier… À la suite de la condamnation de Jacquemin, des amis de Pellerin, considérant que cela confirmait son « innocence », eurent le front d’exiger de moi que je fasse disparaître de mon site Internet le texte de mon article de 1999. Je m’empressai de les envoyer sur les roses, radioactives de préférence. L’article peut encore être consulté sur mon site et je recommande à nos lecteurs le dernier livre de J.-M. Jacquemin-Raffestin « Tchernobyl vingt ans après », paru en mars 2006 chez Guy Trédaniel Éditeur.
Pierre Lance dédicacera ses livres au cours de la Fête de Radio Courtoisie, qui réunira de nombreux écrivains, dimanche 11 juin de 10 h 30 à 19 h (Espace Charenton, 327 rue de Charenton, Paris 12e).
9 commentaires - Ecrire un commentaire
|