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Tea party : la résistance de l’Amérique profonde


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Joslain Évelyne - mercredi 17 novembre 2010

obama, tea-party
Le mouvement Tea party est né le 19 février 2009 du long cri d’indignation du journaliste Rick Santelli, devant les caméras, contre le plan de relance d’Obama (787 milliards de dollars), juste quatre mois après le TARP de 700 milliards. Santelli termine par un défi au pays : quand aurait lieu la prochaine Tea party ? Allusion directe à la « partie de thé » historique de Boston en 1773 qui lança la révolution. Tout aussi spontanément, le pays lui répondit – d’om le mouvement et le nom.

Pour bien comprendre ce qui était en jeu dans ces élections de mi-mandat, et surtout se prémunir cintre la désinformation éhontée à laquelle les Français ont droit dans tous les médias, voici quelques éléments-clés à retenir.

Le mouvement a donc pour origine la révolte des contribuables, mais il s’est considérablement élargi en 20 mois. Patriotique et identitaire, il n’est pas monolithique pour autant. Il rassemble des gens très divers, mais qui ont en commun la conscience que le pays a besoin d’eux. Libertarien dans sa philosophie et populiste dans son inspiration, il a su mobiliser conservateurs, républicains et indépendants sur des points rassembleurs : halte aux impôts et aux dépenses, halte aux ingérences de l’Etat fédéral, respect de la constitution et du peuple souverain. Pour le reste, le mouvement est conservateur et bourgeois.
C’est la révolte des classes moyennes contre la gauche soixante-huitarde au pouvoir. Dans la gauche culturelle, cette guerre intestine qui déchire l’Amérique depuis 40 ans, il ouvre un autre front. Il cible les élites libérale (c’est-à-dire gauchistes) que sont les médias, les universitaires, les juges partisans, les cadres politiques élus et non-élus qui ont trahi le peuple. C’est une révolte contre l’establishment et l’esprit de caste.

Notons que ce populisme anti-establishment ébranle toutes les démocraties occidentales : partout, les partis traditionnels en sentent la pression. Les peuples n’en peuvent plus de n’être jamais consultés ou de ne pas être écoutés et de subir des décisions qui leur déplaisent et les appauvrissent.

Mais le Tea party est à part, quintessence de l’exceptionnalité américaine : parti de l’esprit de résistance de la base, c’est-à-dire de rien matériellement, il est parvenu en quelques mois à imposer les thèmes de ses candidats dans les élections – cela par la seule foi patriotique et la détermination de bénévoles qui ont donné sans compter du temps, de l’argent et de leur personne, afin d’organiser une riposte nationale à l’outrage permanent qu’est la présidence Obama.

Il y a de quoi nous faire rêver, nous Français ordinaires : pouvons-nous seulement nous imaginer faisant entendre nos doléances légitimes et proposant nos candidats au lieu que ce soit l’UMPS qui nous impose les siens ?

Quel est donc le danger clair et imminent qui mobilise l’Amérique profonde ? Il n’y a rien qui contente ou rassure dans les agissements d’Obama, mais l’économie s’affirme comme urgence première. « L’équipe économique de rêve » d’Obama a mis en œuvre dès le début une stratégie de faillite ? Il y a d’abord la mauvaise gestion du TARP, le plan de secours Bush-Paulson. Un tiers de l’argent a bien été remboursé par les banques, comme prévu, mais l’administration reste opaque sur le reste. Puis, on se rappelle le passage en force d’un plan de relance, le « Stimulus » à 787 milliards de dollars (grossi à près de mille milliards par les rallonges successives), censé relancer la croissance et l’emploi. Or, l’économie stagne et le chômage national frise les 10%. Se profile alors le spectre d’une récession à double creux.

Tout cela est aggravé par les révélations récentes du Bureau du recensement : le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté nationale s’est alourdi de 3 millions de personnes en 2009, puis du double en 2010, portant le total à près de 50 millions de personnes. Un Américain sur sept reçoit des allocations nourriture (Food stamps), tandis que la perspective de nouveaux impôts, règlementations et autres contraintes paralyse l’embauche et que les responsables de la crise économique continuent de sévir en toute quiétude !

C’est dans ce contexte que le trio infernal Obama-Reid-Pelosi a cru bon d’imposer, en violant toutes les normes législatives, un plan de santé qui n’était pas une priorité et que l’ensemble du pays abhorre : 2409 pages qui nationalisent un sixième de l’économie (après les nationalisations d’autres secteurs comme l’industrie automobile, l’énergie ou la finance). L’Obamacare est attaqué en justice comme inconstitutionnel par une vingtaine d’Etats. Il faudra empêcher sa mise en vigueur et l’abroger ensuite.

C’est là que les gens du Tea party se dressent, brandissent leur exemplaire de la constitution et leur devise héritée de la période révolutionnaire : Ne m’écrasez pas ! Il faut refouler ce socialisme anti-américain qui se cache sous les oripeaux du « progressisme » et qui engage le pays dans le déclin et la régression. Il faut non seulement « contenir », mais « refouler » le projet mauvais d’Obama de « transformer » l’Amérique de façon radicale et chaque minute compte. Mais comment faire ?

Il faut utiliser la machine du parti républicain. Car même si les militants du Tea party sont parfois aussi méfiants vis-à-vis des républicains que vis-à-vis des démocrates, ils ne peuvent s’allier qu’au GOP (grand et vieux parti) étant donné la nature de leurs revendications. Et même, c’est leur place naturelle ! Les rapports du mouvement du Tea party avec le parti républicain sont donc sans ambiguïté. Ils ont mutuellement besoin l’un de l’autre. Le parti offre une infrastructure électorale, tandis que le Tea party vient providentiellement régénérer un parti qui croulait sous le poids de ses « Rinos » (républicains de nom seulement). L’air du temps est à l’expulsion des éléments pourris, les mous, les corrompus, les privilégiés professionnels, pour les remplacer par des élus intègres. L’irrésistible poussée du Tea party est ce qui pouvait arriver de mieux à ce parti désabusé, oublieux de ses principes structurels et de ses repères. C’est le coup de foudre salvateur, même si trop de cadres encroûtés dans la hiérarchie ont du mal à l’admettre.

A ce sujet, il y a encore une idée fausse à balayer. Les gens du Tea party seraient farouchement anti-élitistes. Ils ne sont nullement hostiles à l’élitisme culturel. Ils n’en ont qu’après les élites politiques, ou politisées, qui les trahissent, les volent et les méprisent. Ce qui est capital, c’est qu’ils ont la certitude qu’ils feraient forcément mieux, eux qui sont issus de la société civile, que les élites faillies. Et puis, on ne peut écarter la bonne coordination qui existe entre les militants et les nombreux organismes culturels conservateurs qui leur apportent un soutien enthousiaste depuis le début.

C’est même de ce mélange d’élan populaire et de culture politique solide qu’est sortie une ébauche de gouvernement à laquelle les membres les plus avisés du parti républicain, menés par John Boehner, ont largement emprunté leur programme législatif en vue des deux années à venir : le serment à l’Amérique (the pledge to America) est un engagement solennel à agir dans le seul intérêt du pays et des électeurs.

Après ces élections, le Tea party continuera, fort de sa légitimité. Il se prépare à une surveillance étroite des élus et, si ceux-là venaient à leur tour à dévier, alors, mais alors seulement (et à Dieu ne plaise !), le Tea party pourrait quitter le parti républicain pour former un troisième parti de « citoyens-politiciens »…

Pour le moment, les élections de mi-mandat ont mis en vedette l’Amérique profonde et son sens aigu de l’urgence : la maison Amérique brûle. Il faut arrêter les pyromanes et circonscrire l’incendie pour parvenir à le terrasser définitivement en 2012. L’heure est trop grave pour toute autre considération.

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