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Tocqueville, l’Occident et l’islamisation démocratique


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Bonnal Nicolas - lundi 17 octobre 2011


En Espagne, le bilan du parti socialiste est lamentable : la droite va donc revenir au pouvoir. En France, le bilan de la droite est lamentable ou considéré comme tel : les socialistes vont donc revenir au pouvoir. En Amérique, le bilan d’Obama est lamentable : il a déjà perdu la majorité aux chambres et perdra la présidentielle l’an prochain. Hollande, Rajoy ou le prochain Mister President auront à leur tour des bilans lamentables, et il faudra s’en féliciter ; impavide et infatigable, abreuvé de commentaires, l’électeur bougonnera et votera pour le candidat suivant. Je n’ai pris que ces trois exemples, je peux en prendre dix ou vingt autres, en Italie, en Angleterre, dans tous les pays où ça va mal, c’est-à-dire dans tout l’occident. Ailleurs, cela se passe un peu mieux. Car il est vrai qu’on y est moins démocrate.

Car il n’est plus question, sauf par jeu rétribué, de s’en prendre à la droite ou à la gauche : les personnels politiques sont un peu partout pitoyables, ils proposent tous l’euro, la misère et le reste, et l’on n’y peut mais. Un Cassandre qui refuse de mentir à l’électeur est mal vécu ; et un esprit compétent a raison de filer dans le privé où ses compétences seront vraiment reconnues et estimées, surtout s’il les fait valoir ailleurs, à Dubaï ou Shanghai.

Mais il y a tout de même une fatalité démocratique, non ? Pourquoi tout est-il si nul, sauf son respect (à la démocratie), et pourquoi n’y peut-on élire de personnel capable de changer la donne ?
C’est Tocqueville une fois de plus qui enfonce le clou : Tocqueville que j’adore relire puisque personne ne le lit, et qui annonce la catastrophe occidentale au début des années 1830 (comme Poe, Balzac et pas mal d’autres en vérité). Voici ce qu’il écrit sur cette nullité démocratique des temps à venir (De la démocratie, libre II, ch. 20) :

On dirait, en parcourant les histoires écrites de notre temps, que l’homme ne peut rien, ni sur lui, ni autour de lui. Les historiens de l’Antiquité enseignaient à commander, ceux de nos jours n’apprennent guère qu’à obéir. Dans leurs écrits, l’auteur paraît souvent grand, mais l’humanité est toujours petite.

La démocratie, et ce n’est pas un hasard, progresse avec le fanatisme révolutionnaire, mais aussi avec le machinisme et la révolution industrielle, mais aussi avec la technoscience et le darwinisme qui réduisent à néant la grandeur de l’homme, et même sa plus élémentaire dignité (le citoyen est un bonobo avec des droits et une carte de crédit…). Le grand historien et penseur observe ainsi que l’histoire comme connaissance va décliner, puisque les historiens ne croient plus à l’homme. Tocqueville les voit arriver de loin, nos historiens des « structures et dynamiques » :
Les historiens qui vivent dans les siècles démocratiques n’attribuent presque aucune influence à l’individu sur la destinée de l’espèce, ni aux citoyens sur le sort du peuple. Assez génialement (qui l’eût cru ?), Tocqueville prévoit l’avènement du conspirationnisme. Le conspirationnisme est ce besoin de donner une explication même sotte à un événement incompréhensible : il est ce besoin très humain de chercher des hommes là où tout le monde expert ne voit que des machines et des dynamiques, des processus et des réseaux. Il est lié à une frustration, ce fils naturel de l’histoire assassinée.

Lorsque la trace de l’action des individus sur les nations se perd, il arrive souvent qu’on voit le monde se remuer sans que le moteur se découvre. Comme il devient très difficile d’apercevoir et d’analyser les raisons qui, agissant séparément sur la volonté de chaque citoyen, finissent par produire le mouvement du peuple, on est tenté de croire que ce mouvement n’est pas volontaire et que les sociétés obéissent sans le savoir à une force supérieure qui les domine.

Le refus du libre arbitre et du facteur humain dans la démocratie moderne nous entraîne bien sûr à la catastrophe finale. Tocqueville dénonce l’aveuglement de ces temps de la fin :

Les historiens qui vivent dans les temps démocratiques ne refusent donc pas seulement à quelques citoyens la puissance d’agir sur la destinée du peuple, ils ôtent encore aux peuples eux-mêmes la faculté de modifier leur propre sort, et ils les soumettent soit à une providence inflexible, soit à une sorte de fatalité aveugle.

On dénonce l’islamisation de nos sociétés qui ont choisi avec enthousiasme de se condamner à maure… Mais Tocqueville voit poindre une islamisation des esprits, liée à sa fameuse dictature de la majorité, et plus subtilement que nos islamophobes diplômés :

Si cette doctrine de la fatalité, qui a tant d’attraits pour ceux qui écrivent l’histoire dans les temps démocratiques, passant des écrivains à leurs lecteurs, pénétrait ainsi la masse entière des citoyens et s’emparait de l’esprit public, on peut prévoir qu’elle paralyserait bientôt le mouvement des sociétés nouvelles et réduirait les chrétiens que nous sommes en Turcs.

Ne pas comprendre et obéir à l’aveuglement des fakirs qui nous gouvernent ; tel est l’aveuglement des temps de l’islamisation démocratique. Nous verrons l’an prochain si nous pouvons sortir de l’ornière…


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