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Trémeau Bernard - mercredi 25 janvier 2012

dette, euro
Une réalité domine la vie de la France depuis que l’euro existe : les prix augmentent en France plus rapidement qu’en Allemagne, de presque de 2 % de plus tous les ans. Car les Français dépensent beaucoup plus qu’ils ne gagnent. Donc, au bout de 10 ans, ce qui est fabriqué en France coûte près de 20 % de plus que ce qui est fabriqué en Allemagne.

Pour rétablir l’équilibre et rendre nos entreprises compétitives, il faudrait, d’une façon ou d’une autre, dévaluer. Mais les responsables français qui ont décidé de créer la monnaie unique l’ont fait pour sortir enfin la France d’un cycle monétaire jugé humiliant : être obligé de dévaluer tous les deux ou trois ans. Depuis 1999, l’idée même de dévaluation est totalement sortie de la pensée de nos responsables politiques.

Ils ont créé l’euro pour unir plus solidement les peuples européens
. Bravo, et c’est une réussite ! Mais, en refusant de dévaluer, depuis dix ans, ils plongent l’Europe dans une impasse très dangereuse. Et le mal dont souffre l’Europe s’aggrave chaque jour un peu plus.

Les banquiers ont dans leurs caisses beaucoup d’argent, en particulier l’argent que les Français leur ont confié
. Ceux-ci ne seraient pas contents si, avec leur argent, les banquiers achetaient des actions ou des obligations qui allaient perdre de la valeur. La France et l’Allemagne dépensent plus qu’elles ne gagnent, elles empruntent de l’argent aux banques du monde entier. Les emprunts émis par l’Allemagne perdront moins de valeur que les emprunts émis par la France. Les banquiers préfèrent donc acheter les emprunts émis par l’Allemagne.

Ainsi un emprunt lancé par l’Allemagne trouvera sur le marché beaucoup d’acheteurs. Les intérêts seront faibles. Par contre, quand la France emprunte, elle trouve de moins en moins de prêteurs. Elle doit donc payer des taux d’intérêts de plus en plus élevés. Ce qui augmente automatiquement nos impôts et aggrave notre déficit.

Le 24 décembre 2011, il y a moins d’un mois, les responsables monétaires de l’Europe ne voulant toujours pas entendre parler de dévaluation, ont trouvé une solution très astucieuse. La Banque centrale européenne peut leur offrir tout l’argent qu’ils désirent à un taux d’intérêt de 1 % seulement. Dix fois moins que ce que doivent payer certains pays. Argent remboursable seulement dans 3 ans.

Immédiatement, tous les pays européens se précipitent sur cette manne tombée du ciel
et ils l’utilisent massivement pour rembourser leurs dettes. En moins d’un mois, 500 milliards sont sortis des caisses de la BCE et y sont immédiatement retournés : ils ont été utilisés par les États pour régler des dettes antérieures contractées à des taux d’intérêts bien plus élevés.

La France a aussi décidé de punir ces vilains banquiers qui spéculent, et qui nous appauvriraient en spéculant, en créant un nouvel impôt. Ils devront payer une taxe (la fameuse taxe Tobin) à chaque transaction entre banques. Mais ce projet de la France ne peut être qu’un voeu pieux : l’Allemagne refuse, en effet, de mettre en place une telle taxe qui éloignerait de l’Europe les banquiers.

Malgré cette bouffée d’air frais, la situation de la France ne peut que s’aggraver chaque jour
un peu plus, puisque rien n’est envisagé pour rendre ses entreprises à nouveau compétitives.

Le 13 janvier, l’agence de notation Standard and Poor’s a donc annoncé que la France perdait sa cotation AAA pour une cotation inférieure AA+. Depuis plus de six mois, cette agence pensait qu’il fallait diminuer la note de la France et discutait ferme avec les responsables monétaires français.

On nous annonçait que cette baisse allait être une catastrophe économique et qu’il fallait tout faire pour l’éviter. Elle a cependant eu lieu et rien n’a bougé. Les entreprises qui avaient eu besoin de délocaliser l’avaient déjà fait. Et, comme la France peut encore, pendant trois ans, continuer à emprunter à 1 % tout l’argent dont elle a besoin, le CAC 40 ne s’est pas effondré, comme on nous l’avait annoncé. Il s’est, au contraire, stabilisé. Le marché avait, une fois de plus, anticipé et corrigé les erreurs commises par les responsables politiques.

Mais, comme rien ne semble vouloir se faire pour rendre les entreprises françaises compétitives, la situation économique de l’Europe va s’aggraver. La spéculation contre l’euro va donc continuer.

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En bref
PRODUCTIVITÉ >
 La productivité horaire moyenne d’un salarié français s’élève à 42,60 euros, soit nettement plus qu’un salarié allemand (36,80 euros).

Chiffres significatifs
CHÔMAGE > Entre 2007 et 2010, chaque mois, 90000 salariés en moyenne ont été mis au chômage partiel.

OPÉRA > 795 000 spectateurs ont été accueillis à l’Opéra de Paris en 2011.

MUSIQUE > Le marché de la musique représentait 2 mil - liards d’euros en 2003, contre 885 millions en 2010.

MARIAGE > Seuls 241000 couples se sont mariés en 2011, soit 10000 de moins qu’en 2010.

PORNOGRAPHIE > On estime que les revenus de l’industrie pornographique américaine sont de l’ordre de 8 milliards de dollars par an.

ANPE > En moyenne, un chômeur reste inscrit 250 jours à Pôle emploi. Ce chiffre s’élève même à 393 pour les demandeurs d’emploi de plus de 50 ans.

TRAVAIL > En moyenne, les salariés français ont travaillé 1679 heures en 2010.

AIRBUS > L’avionneur européen a enregistré 1 419 commandes en 2011, ce qui constitue son record historique, et qui le place largement devant son concurrent américain Boeing (805 commandes).

PRIME > En moyenne, les salariés qui ont bénéficié de la prime que le gouvernement avait imposée, au titre du « partage des profits »,
aux entreprises ayant augmenté les dividendes de leurs actionnaires, ont touché 420 euros.

POLICE > En 2011, 42 policiers se sont suicidés.




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