Milliere Guy - samedi 18 septembre 2004
Après avoir passé l’essentiel de l’été aux États-Unis, je retrouve la France avec une certaine tristesse teintée d’ironie. Tout est tellement prévisible ! Le grand événement qui agite l’ensemble des médias est l’enlèvement de deux journalistes hexagonaux en Irak. Le Figaro, Le Monde, les diverses chaînes de télévision s’indignent et s’interrogent. « Comment ? Nous avons pourtant montré que nous n’étions pas du côté des États-Unis et que nous soutenions la cause arabe et islamique. Nous voilà mal récompensés ! » Faut-il encore apprendre à la plupart de ceux qui parlent et écrivent professionnellement en ce pays qu’avec des totalitaires et des fanatiques, il ne suffit pas de soutenir leur cause, mais il faut le faire sans faille, avec zèle, avec empressement. Être un demi-paillasson ne suffit pas. Il faut s’étaler complètement. La loi sur le voile, aussi timide et aussi ridicule soit-elle, c’est déjà trop pour les musulmans les plus militants. Surpris par le cours des événements, le gouvernement français a tout fait pour redoubler de pleutrerie et de pusillanimité, il a accepté le soutien de l’Autorité Palestinienne et celui du Hamas, que Barnier n’a pas hésité à qualifier de « mouvement spirituel important » au sein de l’islam. Il n’est pas certain que cela suffise à sauver la vie de nos compatriotes. Il y a au sein de l’islam radical des partisans du gradualisme, ceux qui entendent conquérir la France lentement et sûrement et qui comptent sur le temps pour que la France devienne une république islamique. Il y a aussi des jusqu’au boutistes, et ce sont ces derniers qui sont à l’œuvre. Les gradualistes pestent contre les jusqu’au boutistes, pensant que leur précipitation risque de gâcher une entreprise de conquête pourtant bien entamée. Sur l’instant, ils ont peut-être raison. Mais dans le moyen terme, je pense qu’ils ont tort. La pleutrerie, la pusillanimité redoublées du gouvernement français le montrent.
Et vive les nouveaux droits islamiques de l’homme!
Quelques jours après s’être rêvée fille de De Gaulle et de la grandeur, la France se redécouvre enfant de Pétain. Barnier est allé jusqu’à plaider sa cause sur Al Djazeera. Une photographie publiée dans la presse internationale résumait à elle seule magistralement la situation : des femmes voilées jusqu’aux yeux manifestant place du Trocadéro au nom des droits de l’homme (sans doute les droits islamiques de l’homme) avec en arrière fond la tour Eiffel, promise vraisemblablement au statut de futur grand minaret d’une immense mosquée où les dhimmis chrétiens seront tolérés s’ils baissent la tête et à proximité de laquelle les juifs pourront survivre s’ils se convertissent à la « meilleure des religions » L’autre grand événement a été la tragique prise d’otage survenue à Beslan, en Ossétie du Nord. Dans la presse américaine, la dénonciation des coupables a été claire et nette : nul, sauf les plus radicaux des Démocrates, n’envisagerait aux États-Unis de collaborer ou de pactiser avec des terroristes En France, comme par le résultat d’une vieille habitude dont on peinerait à se défaire, on a parlé d’activistes, de « militants ». On a incriminé l’intransigeance de Poutine. Nul doute que si Chirac avait été à la place de Poutine, toutes les revendications des preneurs d’otages auraient été satisfaites. Cela aurait donné des idées à d’autres preneurs d’otages, dites-vous ? Allons : les preneurs d’otage ont le droit d’avoir des idées. Dans la foulée, on va reparler de la Tchétchénie sans doute et plutôt que de faire une analyse complexe, on énoncera des idées simplistes : les Tchétchènes veulent être libres, la Russie les opprime. Ne dites surtout pas que la population tchétchène est désormais prise en otage par des crapules nihilistes et que l’armée russe réagit brutalement mais doit réagir si l’on ne veut pas que la cause des crapules triomphe, on vous prendrait pour un néo-conservateur américain… On a fort peu parlé du double attentat suicide commis dans le sud d’Israël : en parler trop aurait pu obliger à dire que le mur de protection est efficace et que plus vite il sera achevé, plus vite la tranquillité d’Israël sera assurée et plus vite les populations arabes de la région devront comprendre que la bestialité est sans issue. On commence à évoquer la victoire de George Bush le 2 novembre prochain et la défaite de Kerry, mais on le fait à contre-cœur, comme si on annonçait un enterrement. J’ai écrit avec joie en ces colonnes que le résultat de l’élection présidentielle américaine serait celui-ci voici des mois. Je me réjouirai beaucoup, oui, lorsqu’au journal de vingt heures un présentateur lugubre devra dire : Bush est le vainqueur.
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