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Trois artifices pour « sauver » nos retraites


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Courrier - mercredi 08 septembre 2010

retraites
De la réforme des retraites en cours, les grands médias ne retiennent que l’affrontement entre le gouvernement, qui ose toucher au dogme de la retraite à 60 ans, et les syndicats, qui hurlent au blasphème.

Pourtant, derrière ce classique de l’esbroufe, le projet de réforme nous réserve une surprise qui mériterait beaucoup plus d’attention. D’ici à 2018, le système de retraite français sera revenu à l’équilibre, promet Éric Woerth. En l’état, cet engagement intenable repose sur trois supercheries majeures. Décryp­tage :

1) La liquidation des 35 milliards d’euros du Fonds de Réserve des Re­traites (FRR). Ce fonds créé en 2000 a pour mission d’amortir, à partir de 2020, le choc démographique qui frappera alors de plein fouet les régimes de retraite par répartition. L’astuce consiste donc simplement à griller les réserves avant l’heure. Après 2018 ? Le déluge…

2) Le recours à l’emprunt d’État. À la lecture du projet de réforme, il manque 15 milliards d’euros pour atteindre l’équilibre financier en 2018. Une paille ! Communiqué du gouvernement : « Entre 2000 et 2010, l’effort de l’État destiné à équilibrer le régime de pensions des fonctionnaires s’est accru de 15,6 milliards d’euros. » Autrement dit : l’État payait ? Eh bien, il continuera malgré ses déficits abyssaux !

3) Une promesse en bois. Enfin, à défaut de renoncer aux 15 milliards d’euros supplémentaires que l’État verse au régime de retraite des fonctionnaires, le ministre du Travail s’est engagé très clairement à geler cette dotation (cf. fiche n° 16 du projet de réforme présenté à la presse le 16 juin 2010). Cependant, à peine trois semaines plus tard, la direction du Budget, dans une circulaire du 6 juillet adressée à tous les ministres, a annoncé que le taux de contribution de l’État au régime des fonctionnaires passerait, l’an prochain, de 62,14 % à 65,39 % ; puis, en 2012, à 67,59 % et, en 2013, à 71,41 %. Une augmentation de près de 10 points en trois ans… Quel gel !

En voulant préserver coûte que coûte le système socialiste de la répartition et des pensions garanties, le gouvernement a renoncé à mener une réforme de fond et, ce faisant, à assurer l’avenir économique de notre pays. Il ne lui reste donc plus qu’un moyen pour apaiser l’électeur et feindre de sauver les retraites : l’illusion.

Pierre-Edouard du CRAY
Directeur des études à Sauvegarde retraites
http://www.sauvegarde-retraites.org/

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