Rouxel Jean - dimanche 05 février 2006
L’UDF tenait, le week-end dernier, un congrès à Lyon. Ce fut l’événement politique le plus remarqué par les journalistes, avec la réunion des secrétaires de section du PS.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les journalistes français manquent souvent du plus élémentaire sens du rapport de force. Car, en 2002, dernière élection présidentielle en date (depuis laquelle on n’a pas le sentiment que les équilibres politiques aient sensiblement bougé), le PS était arrivé troisième et l’UDF quatrième. En 2006, comme naguère en 2001, l’UMP et le FN se trouvent relégués aux oubliettes par les journalistes…
Le brouhaha médiatique manifeste à nouveau cette capacité extraordinaire de conférer une importance considérable à des événements qui n’en sont pas. Et qui en sont d’autant moins qu’une réunion des secrétaires de section est une activité normale pour un parti, sans enjeu politique particulier. L’absence de Ségolène Royal, pour cause de perturbations météorologiques, ne suffisait pas à faire de cette réunion un bouleversement politique.
Quant au congrès de l’UDF, il avait, depuis sa convocation à l’automne dernier, perdu sa raison d’être. Il avait été réuni pour faire trancher par les militants les divergences stratégiques entre François Bayrou et Gilles de Robien. Le premier souhaite marquer son indépendance à l’égard de l’UMP, tandis que le second voulait marquer son attachement à l’actuelle majorité. Le retrait de la motion Robien ne laissait guère de suspens…
Bref, encore une fois, beaucoup de bruit pour rien ! Malgré cela, le congrès de l’UDF nous offre l’occasion de réfléchir à la stratégie de François Bayrou.
Celui-ci prétend incarner la rupture et un « ni gauche, ni droite ». Le slogan n’est pas neuf. Le problème, c’est qu’il a toujours échoué, sauf, dans certains pays, dans les années trente. En France, en tout cas, le clivage gauche-droite reste décisif. On peut le regretter, mais c’est ainsi. L’alliance Chevènement-Villiers rêvée par les souverainistes n’a pas fonctionné ; on voit mal pourquoi Bayrou réussirait mieux. D’autant que son programme n’est pas réellement un programme de rupture !
Par ailleurs, le leader centriste risque fort d’être lâché par ses troupes. Les élus n’accepteront pas de faire les frais d’un positionnement « radical », qui amènerait une opposition frontale avec l’UMP et les électeurs sont des électeurs de droite, qui n’admettront pas de renvoyer dos à dos Sarkozy et Hollande. Les seuls convaincus par Bayrou sont les apparatchiks du parti centriste ; mais cela ne suffit pas à gagner une élection !
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