Rouxel Jean - samedi 26 juin 2004
Alain Juppé laissera passer le 14 juillet pour annoncer officiellement qu’il démissionne de la présidence de l’UMP, pour mieux préparer son procès en appel pour « prise illégale d’intérêts ». Mais il garde secrète la date précise de cette annonce. À ce jour, personne ne s’est officiellement déclaré pour lui succéder. Encouragé par l’Élysée, Jean-Pierre Raffarin a simplement indiqué qu’il est dans la tradition de la ve république que le Premier ministre soit également le chef politique de la majorité qui le soutien, même si le cumul des charges du gouvernement et du parti dominant serait bel et bien une novation traduisant un nouveau glissement institutionnel. Comme l’ont reconnu publiquement plusieurs responsables du parti présidentiel, rien ni personne n’est en mesure de s’opposer à la prise de l’UMP par Nicolas Sarkozy. On vient même d’enregistrer des ralliements spectaculaires à cette candidature, par exemple ceux d’Éric Raoul et de Roselyne Bachelot pourtant réputés fort chiraquiens. Si Nicolas Sarkozy se présentait, en septembre ou octobre, à la présidence de l’UMP, on peut aujourd’hui faire le pari qu’il n’aurait personne contre lui et qu’il serait ainsi élu à la quasi-unanimité des militants. Pourtant, l’intéressé hésite. Il sait qu’un soutien lui manquera jusqu’à la fin, celui du Président de la République lui-même. Ce dernier agite une menace : s’il devenait président de l’UMP, il pourrait perdre son portefeuille de ministres de l’Économie et des Finances. La question est alors la suivante : est-il concevable que Nicolas Sarkozy, n’étant plus au gouvernement, engage une campagne présidentielle de plus de trente mois, l’amenant à élaborer progressivement un programme et une alternative, s’écartant fatalement de la ligne Chirac-Raffarin, entraînant probablement une majorité de parlementaires, prenant le risque de fracturer si ce n’est l’UMP au moins l’ex-camp gaulliste ? Nicolas Sarkozy pense que s’il opère la conquête de l’UMP, Jacques Chirac préférera le garder au gouvernement plutôt que de l’exclure. Mais il n’en est pas sûr. Non seulement, cette incertitude ne sera pas levée, mais Jean-Pierre Raffarin est incité par le Chef de l’État à l’entretenir… En France, une campagne présidentielle se mène et se joue en quelques mois. L’alternative et la raison, pour Nicolas Sarkozy, seraient d’attendre le « prochain tour », tout en postant le plus grand nombre de ses amis dans les instances de l’UMP.
4 commentaires - Ecrire un commentaire
|