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Un État mandarinal


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Lambert Christian - jeudi 30 octobre 2008

fonctionnaires
Contrairement aux apparences, la France d’aujourd’hui a un certain nombre de points communs avec l’empire chinois d’autrefois.

Au sommet trônait à Pékin l’empereur, fils du ciel, devant lequel s’inclinait l’immense légion des mandarins, les grands, les moyens et les petits, qui tous avaient réussi les concours de la fonction publique impériale et régentaient tout. En France, au sommet se trouve le Chef de l’État, notre empereur, omniprésent, omniscient et infaillible, devant lequel s’incline l’immense légion des mandarins, les grands, les moyens et les petits qui, tous, ont réussi l’un des concours de la fonction publique républicaine. Il y a tout de même entre les deux gigantesques fonctions publiques quelques différences : les mandarins chinois portaient une robe chamarrée avec sur la poitrine l’insigne brodé de leur corps et de leur grade. Par exemple, une sorte de cigogne pour le grand mandarin, chef de la maison impériale. Nos mandarins sont, eux, en complet-veston, ce qui, hélas, est beaucoup moins seyant.

Il faut noter aussi que les femmes n’étaient pas admises dans le mandarinat chinois, alors qu’elles sont très sollicitées dans le mandarinat français où l’on semble considérer que la valeur d’un être humain est de nature sexuelle. En Chine, les femmes servaient souvent de concubines – l’empereur en avait beaucoup – en France, non. Encore que…

Ces comparaisons étant faites, découvrons comment se présente en réalité le mandarinat français. Le Président de la République dispose à l’Élysée de 1 031 collaborateurs et serviteurs. Au temps du président Coty en 1958, on en comptait moins de 50 ! Tout ce petit monde coûte évidemment très cher. Le budget de l’Élysée est donc en constante augmentation, de 11.5 % cette année, ce qui fait dire au député René Dosière (Aisne) qu’il existe un gouffre entre les promesses d’économie et la réalité. « Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais. » Ainsi arrive-t-on à un constat tout à fait étonnant, à savoir que les dépenses de la maison royale britannique reviennent à 0,83 euros pour chaque contribuable anglais, et en France à 2,88 euros pour chaque contribuable français, alors que, sans vouloir offenser quiconque, la monarchie britannique a une autre allure que notre république.

Mais revenons aux structures de notre mandarinat. Le chef de l’État a son gouvernement à lui, c’est-à-dire formé de conseillers chargés de chapeauter, surveiller et diriger chaque ministre du gouvernement officiel et visible, y compris le Premier d’entre eux, qui, lui-même, dispose d’une sorte de gouvernement bien à lui aussi, formé de conseillers qui surveillent et dirigent les ministres : c’est ce qu’on appelle le cabinet, dont la première mission est d’entretenir des relations convenables avec l’Élysée, car généralement le Premier ministre ne s’entend pas avec le Chef de l’État. Chaque ministre a également son cabinet, chaque cabinet pouvant compter jusqu’à 70 membres, chargés de surveiller et court-circuiter les directeurs des administrations. Si bien que l’on arrive avec un gouvernement de 38 membres à plus de 2 000 conseillers de cabinet, l’élite des 6 millions de fonctionnaires que compte la France, le tiers du total des salariés.

Les directeurs d’administration sont aussi de grands mandarins, mais, comme tous ces mandarins ne paraissent pas assez nombreux, le Pouvoir en recrute d’autres sans autre concours qu’un heureux concours de circonstances pour les chanceux qui fait qu’un ami du Président ou d’un ministre se retrouve au sommet de la hiérarchie mandarinale jusqu’à la fin de son existence, après avoir été intégré dans la fonction publique par le fait du prince !

Ceci dit, il est des mandarins qui travaillent, le Premier ministre d’abord. Outre le souci de ne pas irriter le chef de l’État, il doit tenir compte des parlementaires – 577 députés et 343 sénateurs, beaucoup plus qu’aux États-Unis –, qui doivent obéir, que la majorité soit de gauche ou de droite, et ils sont fort bien payés pour cela. Mais certains, néanmoins, peuvent parfois ruer dans les brancards et il s’impose de les rappeler à l’ordre. Il faut dire que leur grogne est vite apaisée. Les syndicats sont beaucoup plus gênants, bien qu’ils soient, eux aussi, et de multiples façons, largement subventionnés par le contribuable. Le plus important d’entre eux étant la CGT communiste, comme en 1936. Enfin, la presse, elle aussi subventionnée par le contribuable, peut cependant se laisser aller à quelques révélations déplaisantes, fondées ou non, et il faut bien en tenir compte. Les nombreux mandarins attachés de presse et « communicants » de toute nature sont là pour cela. À ces gêneurs parfaitement contre-productifs s’ajoute l’administration de l’Union Européenne de plus en plus envahissante qui alourdit encore la masse des textes officiels proprement français en vigueur : 9 000 lois, 140 000 décrets et 400 000 règlements. Il résulte de ce fatras indescriptible une sorte d’anarchie permanente, solennelle et péremptoire contre laquelle le simple citoyen ne peut rien.

Tous ces grands mandarins sont, bien sûr, inaccessibles. Ils constituent avec la direction des grandes entreprises une caste où l’on se coopte et où l’on s’attribue des privilèges aussi considérables que secrets, à droite comme à gauche.

Si tous ces décideurs mandarinaux obtenaient des résultats positifs, ils seraient tolérés, voire appréciés. Mais hélas ! leur bilan est celui que chacun peut désormais découvrir, consternant, inquiétant et parfois révoltant pour le bon peuple dont les revenus de six mois de l’année servent à entretenir par l’impôt ace très lourd mandarinat.

En Chine, au début du XXe siècle, les mandarins à l’unanimité croyaient que leur pays était le plus puissant du monde et se portait fort bien. Tout s’est effondré en 1912…

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