Milliere Guy - dimanche 06 novembre 2005
Voici quelques jours, un grand quotidien du matin publiait un reportage sur le « chaos irakien ». L’auteur de l’article ne s’était pas contenté de se rendre à Bagdad : il y avait rencontré d’ex-officiers du régime déchu. Ceux-ci déclaraient, bien sûr, que la nouvelle armée irakienne ne valait rien, que les élections n’avaient aucun sens et que tout cela allait être balayé. Si l’auteur de l’article et le quotidien concerné constituaient une exception en France, je dirais qu’il s’agit de brebis galeuses, de falsificateurs et de collabos nostalgiques de l’une des pires dictatures de la fin du XXe siècle, malheureusement les brebis en question ne sont qu’un élément au sein de tout un troupeau lancé dans la même direction. Les médias français, aujourd’hui, emploient bien davantage de gens qui semblent regretter Saddam et excuser le terrorisme que l’essentiel des médias du monde arabo-musulman où, désormais, on comprend à quel point les Irakiens ont souffert sous Saddam et où, désormais, on discerne que les terroristes en Irak tuent essentiellement des Irakiens. Il faut le dire parce que c’est un fait aussi : tout se passe comme si la quasi totalité de ceux qui parlent ou écrivent en France tenaient absolument à prouver que le gouvernement français a eu raison de soutenir Saddam jusqu’au bout et de s’opposer aux forces de libération. Tout cela est une honte et une insulte non seulement envers le peuple irakien, mais envers l’humanité entière. N’en déplaise à ceux qui parlent et écrivent en France, la population irakienne dans son ensemble jouit aujourd’hui d’une liberté de parole, de déplacement, d’activité qui n’a jamais existé en Irak, des élections démocratiques et pluralistes ont eu lieu deux fois, en janvier et le 15 octobre dernier et ont vu une forte participation. N’en déplaise aux mêmes, l’Irak dispose désormais d’une Constitution largement approuvée qui fait de lui le premier État de droit, au sens plein et entier du terme, dans le monde arabo-musulman. Cette Constitution garantit l’égalité des droits entre les hommes et les femmes et, si elle fait référence à l’islam comme l’une des sources du droit, rappelle que celui-ci est enclos dans ce que stipule la Constitution et qu’aucune loi contraire à la Constitution ne peut se trouver votée. Ce texte est un pas de géant et révolutionnaire dans une région où, en dehors d’Israël, rien d’aussi ouvert et d’aussi audacieux en termes de garantie de libertés n’a été proposé, et encore moins voté.
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Un gouvernement représentatif de toutes les composantes de la population irakienne gouverne l’Irak, une presse libre paraît, une armée et une police irakiennes se renforcent chaque jour et sont désormais capables d’agir avec efficacité. Les terroristes frappent encore, mais subissent sans cesse de nouveaux revers et sont désormais honnis et méprisés par la quasi totalité de la population. Saddam va être jugé pour ses crimes et fort peu d’Irakiens sont prêts à défendre un homme très largement détesté pour des raisons très légitimes. La stabilisation de l’Irak va venir. Elle est en train de naître sous les yeux de qui sait voir en les Irakiens des êtres humains respectables, et non de la chair à torture pour dictateur ami de la France. Zawahiri, nouveau chef d’Al Qaida, après l’étrange disparition de Ben Laden, a écrit une lettre inquiète à Zarqawi qui, lui-même, en ses notes, indique qu’il pense que la bataille de Bagdad est perdue. Quand l’Irak libre sera stabilisé, les Irakiens sauront à qui dire merci. Ils sauront aussi à qui ne pas dire merci. On s’apercevra alors qu’un Irak libre constitue une force d’inspiration ou de déstabilisation dans tout le monde sunnite : en Syrie par exemple. On comprendra que le monde shiite est lui-même confronté à une mutation majeure : la voix dominante n’y est plus celle des islamistes iraniens, religieux ou non. Elle est celle du quiétisme et de la séparation du religieux et du politique qu’incarne Ali al Sistani. Et les infectes vociférations antisémites d’Ahmadinejad ne sont pas une preuve de sérénité chez les tyrans de Téhéran. Dans peu d’années, la recomposition démocratique du Proche-Orient sera chose faite. Il est à craindre que la France n’ait plus guère alors de rôle à jouer en cette région, tant elle s’y est déconsidérée…
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