Lance Pierre - dimanche 27 février 2005
Pauvre Monsieur Gaymard, jeté à la rue avec femme et enfants, suite à un article du « Canard Enchaîné » révélant que son appartement de fonction de 600 m2 coûtait aux contribuables 14 000 euros par mois (soit 91 834 francs lourds, soit près de dix briques en francs légers). Le sens de l’économie ferait-il défaut à notre Ministre… de l’Économie ? Ce serait fâcheux. Jean-Pierre Raffarin, devinant que cette casserole gaymardienne allait provoquer quelque tintamarre, a promptement réagi par une réforme du système de logement des membres du gouvernement. Et du coup, deux autres ministres ont dépendu leur crémaillère. Voyez comme la liberté de la presse est précieuse à la démocratie ! Sans les révélations de notre confrère, personne n’eût songé à mettre fin à ce scandale permanent. Certes, M. Gaymard a huit enfants, âgés de 7 à 17 ans, et il faut convenir que cela prend de la place. Surtout lorsqu’on n’a pas le temps de s’occuper d’eux, ce qui est le cas, puisque le papa, qui fut député de Savoie en 1993, ministre de l’Agriculture en 2002 et ministre de l’Économie en 2004, travaille, à ce qu’il prétend lui-même, 120 heures par semaine ! Si l’on excepte le dimanche, sans doute consacré au Seigneur par ce catholique pur jus, cela fait exactement 20 heures de travail par jour. Reste donc à M. Gaymard 4 heures quotidiennes seulement pour dormir, se nourrir, se doucher, laver ses quenottes, éduquer ses enfants et honorer sa bourgeoise. Eh bien, ça fait vraiment plaisir de savoir que nous avons un surhomme au gouvernement ! Toutefois je me demande si M. Gaymard qui, avec son appartement, nous prenait déjà pour des poires, ne nous prend pas cette fois, avec son emploi du temps, pour des pommes. Un ministre a évidemment le droit d’avoir huit enfants. À condition qu’il les assume et ne compte pas sur nous pour les loger royalement. Comme je l’ai déjà dit, le système des allocations familiales n’est rien d’autre que du communisme à l’état pur, puisqu’il consiste à faire entretenir en partie par les lucides et les raisonnables la progéniture des insouciants et des papistes (sans parler des musulmans). Si l’on y ajoute, au profit des ministres, des demeures princières payées par la collectivité, nous sommes à deux doigts de la nomenklatura de type soviétique. Jean-Pierre Raffarin en a pris conscience, puisqu’il a précipitamment établi une nouvelle règle concernant les logements ministériels : 100 m2 seulement, plus 20 m2 par enfant. Ce qui restreint M. Gaymard à 260 m2 au total. On ne le plaindra pas.
Papa pique et Maman coud
En revanche, je me demande si ses enfants, eux, ne sont pas à plaindre. Leur père étant un bourreau de travail, ils ne le voient guère. Leur mère compense, me direz-vous. Eh bien pas du tout ! Énarque comme son époux, Mme Gaymard est présidente de l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII), ce qui lui confère le rang d’ambassadrice. Le matin à Rome, le soir à New York, elle virevolte par monts et par vaux. Je présume que les chers petits se consolent avec des consoles. Quelle époque ! Ils ont de curieux prénoms, les enfants Gaymard : Philothée, Bérénice, Thaïs, Amédée, Eulalie, Faustine, Jérôme-Aristide et Angelico. Je leur conseille vivement le merveilleux livre de Pierre Le Rouzic « Un prénom pour la vie » (Albin Michel), dans lequel l’auteur démontre qu’un prénom qui ne vous convient pas peut vous gâcher toute l’existence. Et je subodore que Thaïs ou Philothée ne sont pas des prénoms faciles à porter, a fortiori si le papa risque d’être surnommé à vie Gaymard-les-Six-Cent-Mètres. Comme disait le Prince de Condé : ça craint ! Notez que je suis un farouche partisan de la liberté totale de chacun dans le choix des prénoms de ses enfants, et je fus l’un des premiers à militer contre l’arbitraire des employés d’état-civil, qui prétendaient n’en autoriser que certains. Cette époque est fort heureusement révolue. Les puristes me diront que cela nous a valu une floraison de prénoms ridicules. Mais, comme le recommande Pierre Le Rouzic, un enfant devenu grand doit avoir le droit de faire changer son prénom, s’il n’aime pas celui qu’on lui a donné. Ce qui m’amène à énoncer ce principe philosophique : On ne lutte pas contre un abus de liberté avec une contrainte, mais avec une autre liberté.
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