Dumait Alain - samedi 20 décembre 2003
Je laisse à d’autres le soin de commenter en détail le contenu du rapport Stasi et de la Commission qu’il a présidée dite « de réflexion sur l’application du principe de laïcité dans la République ». Je veux ici simplement, mais fermement, dénoncer l’hypocrisie phénoménale qui a présidé à son entreprise, du début jusqu’à la fin, et souligner son caractère schizophrénique mais aussi exemplaire du fonctionnement actuel de notre société politico-médiatique.
Pour présider cette Commission, Jacques Chirac n’a rien trouvé de mieux que de faire
appel à son ancien condisciple de l’ENA (promotion Vauban, janvier 1957-juillet 1959) qu’il avait déjà nommé au poste de Médiateur de la République, connu notamment pour avoir commis en 1984 un livre provocateur, « L’immigration, une chance pour la France »… En outre, comme leur président, les seize autres membres de cet aréopage sont tous connus pour être satisfaits par l’immigration massive qui a caractérisé l’évolution de la société française depuis trente ans.
Or, le plus demeuré des observateurs, à la condition d’être ni énarque, ni journaliste, fera évidemment un lien entre l’immigration, l’islam et les difficultés actuelles de l’application du principe de laïcité dans la République...
On peut d’ailleurs contester, comme l’affirme dès la première ligne le rapport Stasi, que « la République française s’est construite autour de la laïcité ». Le mot ne figure même pas dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui pose simplement, dans son article X, que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ». On ferait mieux, souvent, de relire ce document et, la plupart du temps, d’en rester là… Même la Constitution de 1958 n’emploie le mot « laïc » qu’une seule fois, dans son article II, au sein d’une énumération, pour affirmer que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale »... Non, messieurs de la Commission Stasi, la République française ne s’est pas construite autour de la laïcité, mais autour de la liberté des individus ! C’est l’école publique et obligatoire qui, sous la iiie République, s’est construite autour de la laïcité, et ce n’est pas tout à fait pareil, sauf à confondre dans nos Institutions une partie et le tout !
Mais admettons, pour un instant seulement, l’affirmation liminaire de ce document. Puisqu’il n’est pas question de revenir sur les fondements de l’école publique, et que la Commission Stasi propose même d’en faire le pilier essentiel de la République, il est nécessaire de s’interroger sur le point de savoir si un pays qui risque d’être bientôt à majorité musulmane et où un grand nombre d’écoles sont d’ores et déjà à majorité musulmane, peut ou non, sans rire, prétendre par ailleurs demeurer ou redevenir une République laïque.
On sait, sans vouloir ni provoquer ni polémiquer, qu’islam et démocratie n’ont, jusqu’à présent, jamais fait bon ménage. S’imaginer qu’un pays qui dans vingt ou trente ans comportera une majorité de citoyens de religion ou de culture musulmane puisse encore être un pays laïc, quels que soient les contours que l’on donne à ce qualificatif, relève soit de la naïveté, soit du mensonge. La Commission Stasi (page 16) signale bien que l’islam « est une religion souvent présentée comme inconciliable avec la laïcité ». Elle le conteste. Mais elle n’est pas en mesure d’avancer le moindre argument à la clé…
Ou alors, il faudrait que la réaffirmation des principes de la laïcité à la française s’accompagne d’une part d’une remise en cause radicale de la politique d’immigration suivie jusqu’à présent et, d’autre part, d’une politique ferme et rigoureuse d’assimilation culturelle des nouveaux immigrés. C'est-à-dire exactement l’inverse de ce que l’on constate tous les jours. Loin de se tarir, l’immigration légale ou clandestine est en phase d’accélération. Et, plutôt que de dénoncer verbalement un communautarisme envahissant, on ferait mieux de supprimer, pratiquement, les subventions dont bénéficient ad libidum des dizaines de milliers d’associations qui, indépendamment de leur objet, ont un recrutement 100 % ethnique ou religieux.
Le voile islamique, même rabattu jusqu’aux sourcils, ne poserait pas plus de problèmes que le chignon des sikhs si, au-delà de son apparence, il n’était l’étendard d’une religion totalitaire, depuis l’origine incompatible avec la laïcité, brandi dans nos banlieues par des militants - par jeunes filles interposées - qui ont radicalement tourné le dos à quelque forme d’intégration républicaine que ce soit. Un constat si aveuglant qu’il a échappé à la perspicacité des experts de la Commission Stasi...
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