Thieulloy (de) Guillaume - mardi 27 juillet 2010
Voici un peu plus de dix ans, le 13 novembre 1999 exactement, l’ambassadeur Christian Lambert écrivait sa première chronique dans les « 4 Vérités ».
Au fil des années, il est devenu un collaborateur régulier de notre hebdomadaire, traitant des sujets les plus divers : de la politique étrangère, naturellement, son « cœur de métier », mais aussi de la fiscalité, de l’insécurité, de l’immigration, de la corruption… Bref, de tous les maux dont souffre notre pauvre France depuis des décennies.
Toutes ces chroniques (plus d’une centaine !) viennent d’être réunies en un recueil publié par les éditions Muller (rachetées par les « 4 Vérités », l’année dernière).
Et cela constitue un recueil que l’on peut juger, selon l’humeur ou le goût, soit roboratif, soit déprimant. Les mêmes vices, les mêmes erreurs, sont dénoncés inlassablement sous les gouvernements les plus variés (de Jospin à Fillon, en passant par Raffarin ou Villepin).
Bien sûr, les hommes sont largement responsables de cet état de fait. Les hommes politiques qui en bénéficient très largement. Les journalistes, qui ne cessent de distraire l’attention, en multipliant les faux débats et les appels aux bas instincts. Et aussi, il faut bien le dire, les Français eux-mêmes : il ne tiendrait en effet qu’à eux de se débarrasser de personnes qui ont montré leur inutilité ou leur nuisance.
Mais, au-delà des hommes, le problème tient au système lui-même.
La nécessité absolue d’être réélu pour un homme politique empêche (à moins d’une abnégation hors norme, sur laquelle il serait sage de ne pas compter !) de songer au bien commun. Plus exactement, il peut songer au bien commun, à la condition expresse qu’il ne soit pas opposé à ce bien particulier que constitue sa réélection.
Ajoutez à cela la brièveté des mandats (qui s’est encore accentuée avec l’absurde quinquennat) et, conséquence mécanique, le fait que tous les deux ans environ, il faut préparer une nouvelle élection, et vous aurez les ingrédients du désastre.
Chacun sait qu’une des clés majeures d’un sursaut national consisterait à éviter le gonflement démesuré d’un État à la fois parasitaire et impotent. Mais quelle majorité aura le front de s’y atteler, sachant que, la réforme à peine engagée, il lui faudra se présenter à nouveau aux urnes pour solliciter les suffrages de ceux-là mêmes qu’elle aurait momentanément fait souffrir ?
Ce n’est pas la clairvoyance qui est en cause ; ce n’est même pas le courage ; c’est la quadrature du cercle qui imposerait qu’un chef de parti devienne subitement, par le fait du suffrage, un arbitre et qu’un homme politique, programmé pour gagner des élections, devienne subitement un homme d’État !
À mon sens, le véritable message de ces chroniques de Christian Lambert réside ici : dans la dénonciation de la démagogie électoraliste. Cette démagogie qui a, année après année, fait grossir l’État-providence pour faire grossir d’autant le nombre des obligés du pouvoir.
À la lecture de ce livre, je me suis demandé pourquoi cela ne marchait pas chez nous, mais fonctionnait ailleurs. Mais, à la réflexion, cela ne fonctionne pas non plus ailleurs. Ou, plus exactement, quand cela fonctionne, cela fonctionne malgré ce système électoraliste, par la vertu de quelques hommes, et non grâce au système.
Prenons l’exemple américain, dont on nous dit qu’il est l’archétype de la démocratie achevée. J’avais survolé, voici quelques années, un rapport du GAO (la Cour des comptes locale) sur les commandes publiques, notamment les commandes militaires.
La conclusion (et ce n’était même pas un message subliminal : les Américains ont ceci de bon qu’ils appellent sans complexe un chat un chat…) tenait en une phrase : l’optimum pour les marchés publics consiste à les faire durer le plus longtemps possible et à les distribuer le plus généreusement possible sur le territoire, pour que chaque circonscription électorale bénéficie de la manne étatique et, ainsi, réélise tranquillement les élus à qui elle devrait un tel bonheur. Quant à l’utilité du marché pour l’État, il s’agissait manifestement d’une question assez secondaire !…
Christian Lambert
Dix ans de chroniques
au service de la vérité
Muller éditions
323 pages – 22 €
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