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Un régime à bout de souffle


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Milliere Guy - dimanche 12 juin 2005


L’arrivée de Dominique de Villepin au poste de Premier ministre, son discours incantatoire où il s’agit tout à la fois de préserver le « modèle français » et de faire preuve de « volontarisme » face au chômage, la composition d’un gouvernement imprégné de ce mélange de vide, d’immobilisme et de médiocrité qui est la marque du chiraquisme, tout cela sent la fin de règne et la fin de parcours pour une majorité à bout de souffle.
On se demanderait ce que Nicolas Sarkozy vient faire dans cette galère si le principal intéressé n’avait répondu lui-même qu’il valait mieux pour lui veiller, de l’Intérieur, à ce que nulle officine ne monte contre lui des coups tordus.
En fait, c’est tout l’édifice politique français qui se trouve ébranlé : jamais l’écart entre la population et la classe politique n’a paru si grand. Aucun homme politique actuel n’incarne une ligne claire et réaliste pour l’avenir. Aucun parti politique n’est porteur d’un projet viable et dynamique. Nous payons ainsi le cadenassage du système politique français, mais aussi le cadenassage des médias dans une médiocrité presque uniforme et une pensée unique quasiment aveugle aux réalités de l’économie et de la géopolitique  planétaires.
Ailleurs dans le monde développé, les partis socialistes ont su devenir des partis sociaux-démocrates modernes; pas en France où l’ombre du paléo-marxisme plombe encore l’horizon. Ailleurs dans le monde développé, existe une droite libérale et conservatrice; pas en France où la silhouette épuisée du gaullisme (ou de ce qui en reste: une apparence vide) constitue le facteur essentiel d’asphyxie.
J’aimerais espérer un sursaut, mais je ne vois rien venir. Je vois plutôt l’effondrement se poursuivre. Comme le disait voici quelques jours un journaliste américain, la France est le seul pays développé où le libéralisme classique serve de repoussoir, où la social-démocratie à l’anglaise soit ressentie comme un tabou et où on débat encore des bienfaits et des méfaits de la mondialisation, comme si celle-ci n’était pas essentiellement une réalité.
La crise spécifiquement française mise au jour de façon flagrante par les débats qui ont précédé le référendum, par le résultat lui-même et par les pathétiques réponses apportées à ce résultat, va de pair avec la crise de l’Europe qui se construisait jusque là. Le « non » français a eu les dimensions d’une révolte sans véritable boussole. Le non néerlandais et celui qui se propage ailleurs en Europe aujourd’hui sont d’une autre essence, et pointent plus clairement le cœur du problème.
Les déficits démocratiques de l’Europe étaient de plus en plus flagrants. La dimension absolutiste du projet européen était de plus en plus obscène. L’arrogance des élites politiques, intellectuelles et médiatiques soutenant l’ « européisme », faute de contre-poids, se faisait de plus en plus pesante. C’est un refus global de tout cela qui vient peu à peu. Les peuples européens demandent à avoir voix au chapitre. Ils n’entendent pas voir, sous forme d’eurocrates, une nouvelle noblesse façon ancien régime s’installer au-dessus de leur tête. Ils en ont assez de la fatuité de ceux qui prétendent savoir mieux qu’eux ce qui est bon pour eux.
La construction économique n’a rimé pour eux ni avec croissance forte, ni avec plein emploi; le vieillissement des populations se poursuit; la dissémination de l’islam militant aussi. Des réglementations absurdes et hautaines tombent de Bruxelles. Construire une « Europe puissance », à même de «compter politiquement », ne les fait plus rêver, dès lors que le rêve doit se payer d’une vie quotidienne chaque jour plus difficile.
Une Europe absolutiste, technocratique, tournée vers la construction d’une puissance supra-nationale est en train de mourir sous nos yeux. L’Union Soviétique Européenne dont parlait voici peu Vladimir Boukovsky ne verra pas le jour. L’Europe qui va émerger sera plus humble, plus empirique, plus anglaise, plus atlantique, plus libérale économiquement. L’Occident ne sera pas cassé en deux. Les peuples  préserveront leurs identités et leurs souverainetés tout en passant accords et alliances.
C’est une victoire de la liberté. Il va falloir en Europe penser enfin la situation planétaire. Il va falloir, en France, éviter le pire, si c’est encore possible. C’est plus que jamais le moment de mener le combat des idées.

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En bref
LIBÉRAL
 «La France est, Dieu merci, le pays le moins libéral de l'Union européenne !» Jean-Michel Lemétayer,  président de la FNSEA


SIC
ENTREPRISE «Les entreprises françaises ont besoin d’être aimées, pas d’être caricaturées !» Pierre Méhaignerie, président de la Commission des finances

SOUVERAINETÉ «L’idée française de la République, de cette République que j’appellerai gaullo-communiste, n’est pas compatible avec le compromis européen, c’est-à-dire avec la souveraineté partagée.» Daniel Cohn-Bendit

EUROPE «La France se trouve aujourd'hui à un carrefour. Elle doit choisir entre son adhésion sans réserve à l'Europe et sa disparition de la scène du monde.» Adolf Hitler (janvier 1945)

PARADOXE «Le libéralisme économique est, partout, triomphant dans les faits, mais décrié dans les cœurs. Par un étrange paradoxe, ceux qui le combattent sont ceux-là mêmes qui exigent tout ce que, chaque jour, sous nos yeux, il procure : expansion rapide de production, progrès continu du niveau de vie des humbles, élargissement des institutions de protection individuelle et familiale, promotion sociale, sauvegarde de toutes les libertés…» Jacques Rueff

CODE DU TRAVAIL «Le Code du travail fait 2600 pages et pèse un kilo et demi; j’ai du mal à croire que chacun de ses 1500 articles soit indispensable !» Patrick Ollier, député-maire de Rueil-Malmaison

CONTINUITÉ «La crise très grave que traverse la France exigeait une rupture absolue et on a eu une continuité absolue.» Marielle de Sarnez, vice-présidente de l’UDF




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