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Un remaniement pour quoi faire ?


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Milliere Guy - mercredi 24 novembre 2010

sarkozy
J’écris ce texte en ignorant délibérément ce que Nicolas Sarkozy a déclaré concernant le remaniement ministériel auquel il a procédé voici quelques jours.

Les paroles de Nicolas Sarkozy ne m’intéressent plus. Je préfère me tourner vers autre chose. Je pense que la composition ou la recomposition d’un gouvernement est, en soi, un signal. Depuis trois ans, Nicolas Sarkozy gouverne la France de manière erratique, sans ligne claire et sans cohérence. Il n’a cessé de confondre l’autoritarisme avec le sens du commandement, la nervosité avec la fermeté, les petits calculs politiques avec la politique elle-même. Il vient encore de le manifester. Le nouveau gouvernement français est essentiellement UMP : on devrait dire, comme certains l’ont souligné, qu’il est essentiellement RPR. On y découvre toutes les facettes du non-renouvellement des dirigeants dans ce pays, tous les visages de la stérilité et du vide de la pensée. Ses membres sont de grands professionnels de la profession ; on aurait des difficultés à en dire autre chose.

La politique économique sera toujours incarnée par Christine Lagarde, qui a peut-être été une excellente juriste, mais qui continue à être nulle économiquement et qui est une adepte zélée de la finance islamique. Le strapontin dont disposait Hervé Novelli s’est refermé et, avec lui, la dose homéopathique de libéralisme, qui faisait sans doute tache dans un océan d’étatisme, a disparu.

Nathalie Kosciusko-Morizet a remplacé Jean-Louis Borloo qui a dû lui laisser les œuvres complètes de Nicolas Hulot, son maître à brasser du vent. La politique étrangère est confiée à Michèle Alliot-Marie, gaulliste orthodoxe grâce à qui la politique arabe de la France va pouvoir se mener sans le moindre obstacle, et avec une arrogance digne de Dominique de Villepin. Roselyne Bachelot se voit récompensée d’avoir acheté aux frais du contribuable quelques dizaines de millions de doses de vaccin contre la grippe dont nul ne sait vraiment ce qu’elles sont devenues. Hervé Morin, qui, exception notable dans le sinistre paysage politique français, n’est pas anti-américain, a été sèchement remercié. Alain Juppé a pu ressortir de son hibernation bordelaise.

En une semaine où Jacques Chirac se voit de nouveau inquiété par la justice, voir autant de chiraquiens au premier plan doit faire plaisir à l’ancien président, mais je ne vois pas qui d’autre peut se montrer satisfait.

La belle équipe ainsi composée tiendra-t-elle jusqu’en 2012 ? C’est le but avoué, semble-t-il. Parviendra-t-elle à écarter de la compétition celui que Nicolas Sarkozy entendait suspendre à un croc de boucher ? Cela semble, en fait, le but primordial. Un autre but est sans doute de ressusciter l’espace flou qu’on appelle le centre. Si, à la place de Nicolas Sarkozy, j’avais voulu offrir un espoir à la gauche, ainsi qu’à un Front National revivifié, je n’aurais pas fait mieux.

Je me dis parfois encore que Nicolas Sarkozy est ce qu’il y a de moins pire en France aujourd’hui. Mais je doute. Pour faire de l’écologie débile (pléonasme), pourquoi, tant qu’à faire, ne pas choisir un ou une écologiste estampillé(e) ? Parce que les écologistes sont, en réalité, socialistes ? Mais l’UMP, au Royaume-Uni ou en Allemagne, serait considérée comme un mouvement socialiste. On lui trouverait tout juste des aspects peu convenables dans l’utilisation des forces de police. Pour utiliser la manière forte dans certains dossiers, pourquoi ne pas piocher chez Le Pen ? Brice Hortefeux semble quelquefois être à la famille Le Pen ce que le Canada Dry est à l’alcool.

Ceux qui rêveraient de liberté et de dynamisme doivent constater qu’il n’y a pas d’abonné au numéro affiché.

Je ne suis pas consterné. Entre la peste socialiste et la grippe Sarkozy, je ne choisirai pas. Je détesterais avoir vingt ans en ce pays. J’aurais une sensation d’asphyxie. J’aurais le sentiment que mon avenir est inscrit dans un rétroviseur, et que le rétroviseur lui-même est dans une voiture enlisée dans un fossé aussi profond qu’un cauchemar dont on ne pourrait s’extirper en se réveillant, car le cauchemar, ce serait la réalité.
Il n’y a plus de grèves. Pour le moment. Il n’y a plus d’émeutes. Jusqu’à une prochaine fois. Il n’y a pas besoin de grèves pour paralyser un pays déjà paralysé, et pas besoin d’émeutes pour calciner un pays déjà consumé…

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En bref
Eurosceptique
Lau­rent Wauquiez, tout nouveau secrétaire d’État aux Affaires européennes, te­nait voici peu un discours plutôt… eurosceptique. Le 11 octobre dernier, dans une réunion de militants UMP à Rouen, il déclarait mâlement que, si la Commission européenne ne protégeait pas les emplois français, il faudrait « changer les règles du jeu ». Jusqu’à sortir de l’euro ?

Chiffres significatifs
Rétention > Le nombre d’enfants placés en rétention administrative est passé de 165 en 2004 à 318 en 2009.

Immobilier > En 2009, on a compté en France 820 000 opérations dans l’immobilier résidentiel (soit 17 % de moins que l’année précédente) : 566 000 dans l’ancien (en baisse de 13 %) et 254 000 dans le neuf (en baisse de 23 %).

Faillites > Au troisième trimestre 2010, le nombre de faillites enregistrées en France a reculé de 7,4 % par rapport au troisième trimestre 2009…

Violences > Entre octobre 2009 et septembre 2010, on a recensé 461 294 faits de violences et de menaces, soit une hausse de 1 % en un an…

Hedge funds > En octobre dernier, la collecte des « hedge funds » (fonds de gestion spéculatifs) a atteint 18,4 milliards de dollars, le chiffre le plus haut depuis un an !

Sucre > Début novembre, le sucre s’échangeait à la bourse de New York à 30 cents la livre, son plus haut niveau depuis 30 ans, après une hausse de plus de 130 % en six mois !

Administrateurs > Les administrateurs des sociétés du CAC 40 ont perçu en moyenne 64 000 euros en 2009, contre 47 000 euros en 2005.

Voitures > En octobre, les ventes de voitures neuves ont chuté de 16,6 % en Europe. Pour la France, ce chiffre s’élève même à 18,5 %…




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