Rouxel Jean - samedi 24 avril 2004
Ils étaient, paraît-il, 5 000, dimanche dernier, à participer à Paris, sous la grande halle de la Villette, au banquet organisé par le journal « L’Humanité » pour fêter son centenaire. Jusque-là, rien d’anormal : le quotidien communiste français est en effet après « La Croix » et « Le Figaro », le journal le plus ancien. Et cent ans, ça se fête !
Ce qui fut longtemps l’organe du parti de la classe ouvrière aurait pu avoir à cœur d’organiser une réception mettant en valeur ses origines prolétariennes, ou simplement ceux qui l’ont courageusement distribué sur les marchés ou à la sortie des usines. Ce fut au contraire une fête très parisienne finalement assez proche de celle qu’avait organisé quelques semaines plus tôt, à Paris, sur les Champs-Élysées, le malletier, Louis Vuitton, qui fêtait, lui, son 150e anniversaire ! À la Villette, on pouvait croiser tout ce que Paris compte de personnalités habituées des plateaux de télévision, de Mgr Gaillot à Jack Lang, en passant par Yvan Levaï et la palestinienne Leïla Chahid. Le nouveau Ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres, fit un petit discours, sur le thème de la liberté d’expression. Et même Jacques Chirac se fendit d’un message personnel.
Avec moins de 50 000 exemplaires vendus chaque jour et une équipe de 58 journalistes permanents, le journal perd beaucoup d’argent. Il est renfloué par ses amis capitalistes (dont Hachette et TF1) et aussi par l’État, qui lui accorde une subvention au titre de l’aide aux « journaux d’opinion à faibles ressources publicitaires ». À noter : le quotidien national « Présent », qui entre parfaitement dans cette catégorie, est évidemment, depuis de longues années, exclu de ce dispositif...
On mentirait si on disait qu’à cette occasion, on fut étonné de la veule complicité entre la fausse droite, la gauche caviar, et ce qu’il reste du parti communiste, pas plus qu’on ne le fût de vérifier à quel point tout ce petit monde médiatico-politique s’entend bien.
On fut quand même saisi par le caractère quasi-officiel de cette célébration, avec émissions spéciales à la radio et sur plusieurs chaînes de télévision. Toutes concourant pour le grand prix de la désinformation.
Rappelons pour notre part (comme Stéphane Denis dans sa chronique du « Figaro » du 13 avril), que « L’Humanité » a été, sans discontinuer, pendant un siècle, le journal de la haine de classe, traitant ses adversaires de « chiens » et exigeant leur « élimination ». Pire encore, il a été, dans les moments cruciaux, le journal de la collaboration avec l’ennemi, l’allemand puis le soviétique. Aujourd’hui, avec l’islamiste (voir page 3).
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