Dumait Alain - samedi 10 avril 2004
Comme on pouvait s’y attendre, le film-choc de Mel Gibson, « La passion du Christ » déchaîne les passions, autant en France qu’aux États-Unis.
On lui reproche en premier lieu d’être « antisémite » (au sens moderne du terme, évidemment). Pour ma part, je n’ai pas du tout eu ce sentiment et je ne comprends même pas les arguments de ceux qui le disent. Par exemple, samedi dernier, dans son émission « Tout le monde en parle », Thierry Ardisson, plus politiquement correct que jamais, voulait faire dire à son invité, le Tunisien Taraq Ben Ammar, distributeur du film pour la France, que la scène où l’on voit Judas ramasser par terre les 30 deniers qui lui ont été jetés par le grand prêtre, constituait un cliché typiquement antisémite. Pourtant, la prime des 30 deniers figure dans les Évangiles. Et on conçoit que le grand prêtre du Temple de Jérusalem ait pu avoir un peu de mépris pour son coreligionnaire…
Que le film de Mel Gibson soit hyper violent est un fait indiscutable. On savait que les Romains de cette époque n’étaient pas des tendres mais on découvre qu’ils avaient même, et en grand nombre, des vocations de bourreaux.
En tout cas, le Pape Jean-Paul II, après avoir vu le film, a dit, pour que cela soit répété : « C’est bien ainsi que cela s’est passé ». Dont acte. Mais cela n’empêche pas les controverses de continuer d’aller bon train, y compris au sein de l’Église catholique : Mgr Bernard Fellay considère ce film comme « une grâce de la miséricorde de Dieu pour notre temps », tandis que le Cardinal Bernard Panafieu n’y a vu que « du sang à la une »...
On conçoit que la controverse soit plus vive encore si l’on considère l’opinion des représentants des autres cultes. C’est ainsi que le rabbin Josy Eisenberg, par ailleurs producteur de télévision (« Le jour du Seigneur » sur France 2), conteste la vérité historique du film. Pour lui, la prédication de Jésus pouvait certes déranger les prêtres du Temple et leur pouvoir clérical, mais elle était en quasi-totalité conforme à l’orthodoxie pharisienne. Le pouvoir juif, selon sa loi, ne pouvait pas prononcer la mort de Jésus. Il ne peut donc en être tenu pour responsable…
Si l’on étend le débat au-delà des croyants, de nombreuses autres thèses ont cours et sont encore défendues. Pierre Lance dans ces colonnes (« Les 4 Vérités Hebdo » du 27 mars) pointait une contradiction entre l’essence divine de Jésus et son supplice douloureux du Golgotha. Notre correspondant, Gérald Messadié, dans son livre « L’homme qui devint Dieu » (Éd. Robert Laffont - 1988) défend la thèse selon laquelle le Christ n’est pas mort sur la croix (et il serait d’ailleurs réapparu vivant à ses disciples…) mais qu’au contraire il a survécu à sa crucifixion, comme cela serait arrivé plusieurs autres fois, quand le supplice n’était pas prolongé au-delà de quelques heures… Mais il y a aussi ceux qui soutiennent, mordicus, que Jésus n’a jamais existé… Comme Jean-Pierre Pagès-Schweitzer, dans l’article ci-contre.
Comme le film de Mel Gibson est bien parti pour être l’un des tout premiers succès de tous les temps du cinéma mondial, la polémique ne fait sans doute que commencer !
Pour completer cet article :
http://www.les4verites.com/articles/N%B0441_Alain+Dumait_Autres_Alain+Dumait_152.html
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