Baudouin Pierre - mercredi 17 mai 2006
On parle de plus en plus, ces derniers jours, d’une union entre toutes les forces politiques à la droite de l’UMP pour les échéances électorales de 2007.
C’est, comme on sait, une offre de Jean-Marie Le Pen, destinée essentiellement à Philippe de Villiers et secondairement à Bruno Mégret.
Dans un premier temps, cette offre a sans doute constitué un positionnement tactique : en proposant l’union, sachant bien qu’il était le seul à la droite de Nicolas Sarkozy à pouvoir figurer au deuxième tour de l’élection présidentielle, Jean-Marie Le Pen se plaçait dans le rôle flatteur du rassembleur, laissant à Villiers la responsabilité de l’éventuel échec.
Et, de fait, dans un premier temps, Villiers a décliné. Officiellement pour des motifs idéologiques et géopolitiques (les positions de Le Pen sur la bombe atomique iranienne et le « laxisme » supposé du leader frontiste sur l’islam). En revanche, ses électeurs et ses cadres ne l’entendent pas de cette oreille.
Et Villiers semble désormais considérer l’offre de Le Pen avec plus de sympathie. D’autant plus qu’il risquait fort de n’être entendu de personne en France en prétendant être plus « anti-immigrationniste » que Le Pen – alors que celui-ci bénéficie sur le sujet d’une avance de trente ans. Les récents sondages ne laissent aucune ambiguïté sur le sujet : Villiers peut certes contribuer à « dédiaboliser » le Front national ; il ne peut pas, pour le moment, capter l’héritage.
Bref, la thèse d’une « union des patriotes » fait son chemin. Et elle n’est, électoralement, pas si absurde qu’elle pourrait sembler au premier abord. En particulier, Philippe de Villiers a bien des choses à y gagner.
Vers des triangulaires
Car 2007, ce n’est pas seulement la présidentielle (qu’une formation à la droite de l’UMP n’a aucune chance d’emporter compte tenu du mode de scrutin) ; c’est aussi les législatives. Or, pour ce deuxième scrutin, un bloc de droite uni a toutes chances de provoquer des triangulaires assez nombreuses.
Dans le cas général, ces triangulaires vont faire gagner la gauche, naturellement. Mais, en certains endroits, elles pourraient permettre à un candidat de la droite « nationale », bien ancré localement, ou au fort renom national, de l’emporter. Et, ici, la structure du MPF peut tirer son épingle du jeu : ce parti dispose en effet d’un assez grand nombre de notables locaux à investir. Il n’est donc pas absurde d’imaginer plusieurs députés élus à la droite de l’UMP – et même, vraisemblablement, contre l’UMP.
N’oublions pas d’ailleurs que, si le mode de scrutin majoritaire est contraire aux intérêts électoraux du FN ou du MPF isolément, il présente un avantage substantiel : donner une prime à celui qui remporte la sorte de primaire que constitue le premier tour. Le scrutin majoritaire amplifie ainsi le résultat et, en laissant, dans certains cas, un candidat de la droite « nationale » face à la gauche, il pourrrait permettre de l’emporter grâce au report des voix d’électeurs de l’UMP…
Si ce scénario d’union, puis de triangulaires victorieuses, se dessinait, ce ne serait pas seulement un coup de tonnerre électoral du type de celui de 2002 qui se produirait, mais un véritable remaniement des forces à droite – et peut-être l’aube d’une possible entente à droite.
On sait, en effet, que les deux principaux obstacles à cette entente à droite sont actuellement Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Le premier sera probablement définitivement hors-jeu après 2007. Si le second était entouré d’un certain nombre de leaders locaux plus « présentables » que lui (au moins pour les médias…) pour des discussions électorales, l’UMP pourrait réviser son jugement sur l’impossibilité d’une alliance avec sa droite.t elle le ferait sans doute d’autant plus volontiers que l’UDF semble de plus en plus désireuse de rechercher l’alliance socialiste, plutôt que l’alliance avec le parti majoritaire. Bref, les grandes manœuvres à la droite de la droite sont tout sauf anecdotiques !
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