Gautier Yves - samedi 21 février 2004
La France a mal à sa classe politique. La grande majorité des hommes politiques est honnête et dévouée au bien public mais le gouvernement Balladur a dû faire passer une loi pour mettre fin aux agissements parfaitement répréhensibles de quelques uns d’entre eux et de leur parti.
De quoi s’agit-il ?
- Obtention des marchés moyennant commission à un parti politique - via, par exemple, une « société d’études ».
- Rétrocession sur commissions versées à l’étranger pour obtenir un marché, via des comptes à l’étranger (que l’on cache, si besoin est, au nom du secret Défense).
- Obtention de concession (grandes surfaces, affichage, par exemple) moyennant paiement à un parti politique.
- Financement de campagnes électorales par des instances étrangères.
- Nomination de copains.
- Subventions d’associations à des fins électorales.
- Appartements appartenant à la collectivité, loués à bas prix, éventuellement après réalisation de travaux importants.
- Frais de voyages, de colloques, au profit de responsables politiques, réglés par des entreprises ou des fonds publics.
- « Interventions » politiques moyennant honoraires.
- Frais de personnel ou autres d’un parti politique pris en charge par des entreprises ou des administrations…
La grande excuse des responsables politiques est qu’il n’y a pas d’enrichissement personnel. En général, c’est vrai, mais une revue de détail pourrait révéler des surprises…
L’enrichissement personnel est du vol pur et simple. Le financement illégal de partis politiques n’est-il pas plus grave pour la nation ? De tels agissements faussent :
• La démocratie. Celui qui ne bénéficie pas des moyens de son concurrent aura un handicap, voire un obstacle majeur à son élection. Le candidat doit admettre les méthodes de son parti, sinon en être complice. N’est-ce pas la voie ouverte à la ploutocratie par la malhonnêteté ? La démocratie est fragile : elle peut conduire à la dictature, Hitler en est la preuve, ou à l’effondrement par la corruption, la Géorgie en est le dernier exemple.
• Le libéralisme. L’entrepreneur honnête qui refuse de payer n’obtiendra pas de marché ou de contrat et ce aux dépens de son personnel et de ses actionnaires. C’est un moyen d’éliminer des concurrents honnêtes.
Sans un climat de confiance entre la classe politique et la population, l’action des dirigeants est vaine, et le pays reste bloqué. Les hommes politiques doivent d’abord faire preuve d’exemplarité et de dignité dans leurs responsabilités fonctionnelles.
Tout homme a ses faiblesses mais ces scandales, expression d’attitudes inadmissibles sont rares dans bien des pays du monde libre : Suède, Grande-Bretagne, Suisse, pour ne citer qu’eux. Quelle image de la France à l’étranger ! Quel affaiblissement de ses positions !
Le monde politique qui se réfère sans cesse aux valeurs républicaines peut-il être au-dessus des lois, c’est-à-dire hors-la-loi ?
Il y a ceux qui « touchent », partis ou hommes politiques, et ceux qui paient, entreprises et collectivités publiques.
- La loi Balladur ne doit-elle pas être renforcée et son application mieux contrôlée ?
- Chefs d’entreprises ou responsables de collectivités qui abusent de fonds publics ne doivent-ils pas êtres sanctionnés : chefs d’entreprises révoqués avec interdiction d’être mandataire social, responsables de collectivités locales révoqués ?
Si un homme politique, actif, avec des idées, souffle un peu d’air frais et nouveau, il devient trop populaire et s’il ne se plie pas aux choix des hiérarques de son parti, il est accepté avec inquiétude : c’est le cas de Sarkozy à droite ou de Kouchner à gauche. L’affaire Juppé est-elle un cas exceptionnel ou un épiphénomène de méthodes qui perdurent malgré la loi Balladur ?
Elle rend mal à l’aise beaucoup de gens :
- Pourquoi avoir nié publiquement, pendant des mois, des faits reconnus ?
- Pourquoi avoir dit : « je démissionne si je suis condamné » et rester car un jugement n’est pas définitif avant appel ?
- Pourquoi tant d’essais de report de son procès lorsque l’on est innocent ?
- Beaucoup ont été pour le moins surpris d’entendre le Premier Ministre et d’autres affirmer que la France avait besoin d’hommes d’État comme A. Juppé qui venait d’être condamné par application de la loi et est un homme politique peu populaire dans les sondages ?
Dans « l’affaire » de l’affaire Juppé, le Président de la République, le Président de l’Assemblée ont nommé de hauts responsables pour trouver les coupables et leurs commanditaires. N’y a-t-il plus de bons policiers ? Beaucoup ont été surpris d’une campagne politico-médiatique extravagante tendant à convaincre l’opinion que le condamné était la victime du tribunal. Il faut que ce genre d’affaire ne se reproduise plus. On parle à l’étranger de la France comme le malade de l’Europe. Il faut en sortir, c’est l’affaire de tous.
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