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Une dictature à renverser


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Milliere Guy - samedi 01 mai 2004


Gilles-William Goldnadel, grand avocat, homme de cœur et de lucidité, vient de publier un livre important où il n’hésite pas à dire clairement et franchement ce que d’autres n’osent pas même murmurer. Le monde occidental, nous dit-il, et en lui la France en particulier, sont victimes d’une idéologie particulièrement perverse et dangereuse : la martyrocratie. De quoi s’agit-il ? D’un syndrome dont la gestation a pris plusieurs décennies.

Après une relative banalisation de l’holocauste dans l’immédiat après-guerre (« les impératifs de la guerre froide… commandaient qu’on oublie les crimes d’un Adolf Hitler mort, au profit de ceux d’un Joseph Staline, beaucoup trop vivant », par ailleurs, « l’heure était plutôt à la survie, à l’oubli et, pour certains, à l’assimilation »), on est passé à un travail de mémoire où l’accent fut mis sur l’abominable singularité de la tentative de génocide commise par les nazis à l’encontre des juifs. La shoah est devenue « l’horizon indépassable de la douleur collective, l’étalon officiel de la mesure de la souffrance humaine ». On a dit clairement : « plus jamais çà ».

De ce qui aurait pu être un bien et un grand pas dans la direction de la Civilisation (comment ne pas approuver le refus absolu de la barbarie sous sa forme la plus abjecte ?) est très vite advenu un mal et un grand pas dans la direction de la négation de la Civilisation. Ceux qui ont cherché la cause fondamentale, matricielle, de la shoah ont en effet pensé détecter celle-ci dans l’État-nation occidental et dans la force (Hitler était nationaliste et était à la tête d’un État-nation ont-ils dit, Hitler était un occidental et avait utilisé la force). On aurait pu leur répondre en parlant de démocratie et de totalitarisme, leur dire qu’Hitler était socialiste, collectiviste, montrer en somme que l’explication était biaisée : ce n’est pas ce qui s’est passé.

La gauche moderne, post-stalinienne, tiers-mondiste, a trouvé le dogme dont elle avait besoin. Tout ce qui est occidental lui serait plus détestable que jamais. Tout ce qui ressemblerait à un État-nation à l’occidentale lui semblerait porteur d’abomination, surtout si cet État-nation envisageait le recours à la force. Le dogme s’illustra dans les « événements de mai 1968 » en France, et le slogan « CRS-SS » fut un symptôme. Il s’illustra dans la haine envers toute action de l’« impérialisme américain », grand Satan de la gauche occidentale, avant de devenir grand Satan des khomeynistes. Il s’illustra tout particulièrement dans la détestation de plus en plus frénétique de l’État d’Israël, celui-ci étant précisément un État-nation à l’occidentale, régulièrement condamné par ses ennemis à recourir à la force.

La détestation, centrale dans le dogme ainsi installé, s’accompagna aussitôt d’un amour malsain pour la victime à qui il faut porter secours et qui, pour être digne du nom de victime, dût correspondre à un certain nombre de critères bien précis correspondant à une formule simple « ennemi de l’État-nation à l’occidentale » et « de ses serviteurs disciplinés, le policier gestapiste, le soldat-SS, et leurs auxiliaires zélés, le juge, l’huissier ».

Un chrétien libanais ou soudanais massacré n’est pas, en ce contexte, une victime digne de ce nom : il est chrétien. Un juif agressé n’est pas une vraie victime non plus : il appartient à la civilisation judéo-chrétienne. Un Israélien, un Américain, un chrétien français ne sont pas susceptibles d’avoir le statut de victime non plus. Un terroriste palestinien musulman est, par contre, l’incarnation idéale, presque parfaite de la victime. Un voleur, un assassin agissant en terre occidentale est une victime aussi, surtout si, de surcroit il est musulman, maghrébin ou africain.

Les adeptes de la martyrocratie, dit Gilles-William Goldnadel, se sont, en France et en Europe, multipliés au cours des trente dernières années. En ce pays, ils tiennent la presse et les médias audio-visuels. Ils tiennent une bonne part de la magistrature aussi. Ils exercent une dictature de l’intimidation et de l’inversion des valeurs, qui tue, quotidiennement, et qui doit être renversée si nous ne voulons pas courir au suicide collectif.

Gilles-William Goldnadel

Les martyrocrates

Dérives et impostures de l’idéologie victimaire

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232 pages - 18 euros


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En bref
Réforme

Alain Madelin a évoqué publiquement (le 7 avril, « dîner du printemps des libéraux ») : « L’hostilité marquée par le Président de la République à la mise en œuvre de toute réforme libérale ».

Sic

Privilège « Est-il vraiment légitime de continuer à verser, à certains fonctionnaires, au prétexte qu’ils exercent outre-mer, des salaires et pensions de retraites aussi majorés qu’aujourd’hui ? » (Pierre Méhaignerie et Adrien Zeller).

Ambitions

« Nicolas Sarkozy est un faiseur. Je lui donne rendez-vous en 2007 » (Nicolas Miguet).

Droite italienne

« ...j’ai voulu créer une droite ouverte, insérée dans l’Italie démocratique d’aujourd’hui. Je suis pour un système bipolaire qui permet une démocratie d’alternance. Aller en Israël était un passage obligé… » (Gianfranco Fini, Président de l’Alliance nationale).

Gauche/Droite

« Les priorités de la droite et de la gauche resteront toujours différentes. Mais le drame, en France, est qu’on ne sait plus les priorités des uns et des autres… » (Ezra Suleiman).

Islamisme

« Chaque fois qu’on nous traite de fondamentalistes, nous gagnons 10 000 sympathisants » (Lhaj Thami Breze, président de l’Union des organisations islamiques de France, UOIF).

Thérapies

« L’explosion, depuis trente ans, des méthodes thérapeutiques en Occident s’explique par la diminution de la pratique religieuse » (Pierre Marie, Président des états généraux de la psychanalyse).

Secret

« C’est un secret de polichinelle que les juges d’instruction violent le secret de l’instruction » (Me Henry Leclerc).




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