Courrier - dimanche 24 janvier 2010
violence
Ma journée est mal commencée, je m'y préparais.
Je savais que je serais indigné, je savais qu'une marche silencieuse serait organisée pour soutenir les voleurs de scooter, je savais que cette approbation se conclurait par des saccages, je savais que les policiers seraient mis en cause pour avoir fait leur travail, je savais que leur syndicat manifesterait, une fois de plus, son impuissance.
Je savais que des journalistes appelleraient « jeunes » des délinquants de 19 et 20 ans, que ces journalistes relaieraient un Etat défaillant.
Je sais que la France va mal, qu'elle est « foutue » selon Oskar Freysinger. Je sais que le dire vous classe parmi les pessimistes, aux dires de ceux qui attendent le naufrage en votant et re-votant pour des gens qui les entraînent au chaos.
Je sais que le chômage a le ministre qu'il mérite, que les pères sont exécutés sur l'autel du profit à outrance, que leurs enfants n'ont jamais vu leur père donner son salaire à leur mère.
Je sais que crever de froid, de misère, d'abandon, de désespoir, de pas de toit, de pas de travail, d'insécurité, ne déclenche aucun plan de secours. Trop près, pas assez exotique.
Je sais que le mensonge perturbe , par omission et par action . Je sais que le relativisme embrouille les esprits, que les « élites » se taisent, qu'elles ne s'associent pas pour dire : ça suffit ! Le silence tue.
Je sais aussi que le bon sens n'est pas mort, qu'il espère être guidé pour échapper à la mortelle confusion en marche.
Ma journée est mal commencée . Comment vivre sans être indigné ?
Je ne sais plus.
Michel Poissonnier
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