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Une présidentielle sur les thêmes nationalistes


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Rouxel Jean - mercredi 02 mai 2007

elections-presidentielles, nationalisme, sarkozy, le-pen
La position surplombante de Nicolas Sarkozy à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle doit beaucoup à son emploi des thèmes nationalistes et identitaires, jusque-là monopolisés, à droite, par Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers, et à gauche, par Jean-Pierre Chevènement.

Dans ses meetings, Sarkozy parle longuement de la grandeur de la France. Quand il invoque Jaurès, gloire historique de la gauche, mais haute figure patriotique, c’est encore la nation qu’il célèbre. Sarkozy a glané un quart des voix ouvrières, donnant une dimension de droite populaire à l’UMP. Au cours des vingt-cinq dernières années, les branches gaulliste et libérale composant la droite « classique » avaient délaissé les idées de nation, de patrie, de souveraineté, d’honneur, de famille, de travail et de sécurité. Ces valeurs, fanées par Mai 68, étaient vues comme de coupables réminiscences du régime de Vichy. Elles semblaient ringardes, pas modernes.

L’audacieuse stratégie de Sarkozy a payé : il a dépassé la barre des 30 %, en pillant le vivier électoral du Front national. C’est lui qui a donné le ton de la campagne, y glorifiant les valeurs de droite. Ségolène Royal a dû lui emboîter le pas. Elle a exhorté les Français à mettre un drapeau tricolore à leur fenêtre le 14 juillet, et fait chanter la Marseillaise à l’un de ses meetings. « Mon frère est un grand soldat », dit-elle. Elle a préconisé une militarisation de l’éducation des jeunes délinquants.

François Bayrou lui-même, avec son culte de la terre et du tracteur, joue sur une sensibilité de l’enracinement qui n’est pas seulement bobo. Il parle volontiers de la France éternelle. Il a pris soin d’écrire une biographie de Henri IV, qui s’est bien vendue.

Jadis, Charles Pasqua avait exhorté la droite classique à partager ces valeurs-là avec le Front national. Il n’avait pas été suivi par les états-majors politiques. La victoire de Sarkozy au premier tour de cette présidentielle, c’est celle de Pasqua. Et aussi celle de Le Pen : sans la fracassante irruption du chef du Front national au second tour de la présidentielle de 2002, Sarkozy n’aurait pas pu imposer cette thématique politique à la droite classique.

Tel sème, l’autre récolte… Le galop victorieux de Sarkozy résulte d’un processus de droitisation de la société française qui semble s’accélérer.
Les journalistes - dont 85 % sont à gauche - devront finir par accepter ce phénomène, sous peine de voir le fossé entre eux et l’opinion publique s’élargir encore.

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