Trémeau Bernard - mardi 23 mars 2004
Le petit risque médical
Actuellement la Sécurité Sociale dépense 60 milliards d’euros tous les ans pour rembourser nos dépenses médicales effectuées en dehors de l’hospitalisation (ce qui correspond à une dépense mensuelle moyenne d’environ 80 euros, ou 525 francs, par mois et par Français). Ces dépenses englobent le petit risque médical (en gros, ce qui n’est pas aujourd’hui remboursé à 100 %).
En 1945, le recours au médecin était rare, les moyens de diagnostic et les traitements étaient rudimentaires. L’Assurance maladie a été instituée pour l’ensemble des salariés. La Sécurité Sociale s’engageait à rembourser tous les frais médicaux. Les hospitalisations bien évidemment, mais aussi les consultations, les visites ou les médicaments inscrits sur l’ordonnance. La caisse était alimentée par les charges sociales payées par les employeurs. Au nom de la Solidarité nationale, le non-malade payait pour le malade, le riche pour le pauvre. Une première entorse au principe de solidarité apparaît alors : les charges sociales ont entraîné une très forte inflation, qui a réduit le pouvoir d’achat de tous les Français. Or à l’époque, seulement la moitié des Français était salariée. Tous ceux qui n’étaient pas salariés ont financé grâce à l’inflation une caisse d’assurance dont ils ne percevaient pas un sou. Tous les salariés se sont mis à consulter et à se soigner sans compter, puisque c’est leur Mère la Sécu qui payait. La Sécurité Sociale est devenue un gouffre. Il a fallu très rapidement modérer l’ardeur de consommation médicale des salariés. Une deuxième entorse grave au principe de solidarité est alors observée. Des régimes spéciaux financés en plus par nos impôts sont apparus, régimes remboursant bien mieux que le régime général. La loi a créé une fois de plus des privilégiés. Il vaut bien mieux appartenir au régime spécial d’EDF ou de l’Assemblée nationale, qu’au régime général de la Sécurité Sociale…
Puis, petit à petit, d’autres parties de la population ont été obligées de s’assurer, tandis que la médecine évoluait rapidement. De nouvelles spécialités, de nouveaux examens ou de nouveaux médicaments sont apparus. La médecine est devenue un bien de consommation courante, comme la nourriture ou l’habillement. Le remboursement de toutes les dépenses médicales engagées a progressivement exposé les Français à avoir recours de façon abusive à la médecine, d’autant plus que le médecin prescripteur a de son côté un intérêt financier personnel à revoir « trop » souvent ses clients. Notre Mère la Sécu rembourse. Des consultations, des examens, des médications ou des arrêts de travail abusifs apparaissent partout, et un médecin contrôleur par médecin prescripteur pourrait seul apporter la preuve de l’abus… La Caisse de la Sécu est devenue une caisse totalement percée, qui prend l’eau de toutes parts. Les plans de redressement succèdent aux plans de redressement, chaque nouveau ministre propose le sien, mais, marxisme oblige, personne ne s’attaque à la cause du mal : l’irresponsabilité financière des assujettis. Au fil des ans, le ticket modérateur augmente, ou la liste des médicaments non remboursés s’allonge.
Apparaissent alors d’autres perversités du système. Celui qui a de hauts revenus consomme beaucoup plus de médecine que celui qui a de faibles revenus, donc le pauvre paye pour le riche. Enfin, égalitarisme oblige, les revenus des médecins devant être égaux, les médecins s’installent dans les provinces ensoleillées du sud. L’État a créé le vide sanitaire dans le Nord…
Conclusion : soit on continue dans ce système fou et irresponsable. On accroît les contraintes, on rembourse moins, on rationne les consultations ou les visites, on embauche des contrôleurs ou on oblige les médecins à s’installer dans le Nord.
Soit on arrête le massacre et on rend aux Français, d’une façon ou d’une autre, l’argent qu’on leur a pris pour financer notre chère Sécu. Ils deviendront responsables et géreront alors eux-mêmes leur petit risque médical, comme ils gèrent leurs achats de viande ou de chaussures… On aidera, bien entendu, d’une façon ou d’une autre, ceux qui sont incapables de réaliser une telle gestion.
Il faut choisir entre les contraintes qui rendent irresponsables et la Liberté.
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