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Vendée : Le premier génocide


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Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 12 octobre 2011

livres
Notre ami Reynald Secher était déjà connu comme l’un des meil­leurs spécialistes des massacres perpétrés par les troupes de la Convention en Vendée en 1793-1794.

Sa thèse sur ce sujet, soutenue en 1983, lui avait valu une hostilité farouche des « autorités » universitaires, fidèles gardiennes de la légende robespierriste.

Depuis, Reynald Secher a poursuivi son travail d’histoire et de mémoire – hors de l’université où il était personna non grata !
Et le hasard a voulu qu’il découvre récemment des documents totalement inédits qui révolutionnent (si je puis dire) tout ce que nous savions jusqu’ici de ces massacres.

Jusqu’à présent, il était possible aux gardiens du temple de prétendre que Carrier ou Turreau étaient des psychopathes, qui avaient outrepassé leurs ordres. Et que, d’ailleurs, le contexte de guerre civile expliquait bien aisément les exactions qu’ils avaient commises.
La réalité est tout autre.

Les documents exhumés par Secher sont des dizaines de lettres par lesquelles la Convention dicte la mise en œuvre d’un véritable génocide. Certes moins « scientifi­que » que celui des Ar­méniens, celui des Juifs ou celui des Cambod­giens. Mais non moins réfléchi et méthodique. Hélène Piralian, Gilles-William Goldnadel, ou Stéphane Courtois, bons connaisseurs des totalitarismes viennent d’ail­leurs prêter main-forte à Sécher, pour ce nouveau combat.

Pour bien comprendre, revenons à la chronologie. En mars 1793, la Ven­dée se soulève contre la Convention, comme beaucoup de régions françaises. Dans son cas, plusieurs facteurs entrent en jeu, notamment la criminalisation de la religion catholique et la levée en masse. En tout cas, la Terreur est de plus en plus mal supportée.

S’ensuit une guerre civile de près d’un an qui se solde, malgré d’éclatants succès, par le désastre de Savenay, le 24 décembre 1793.
Naturellement, toute guerre civile présente son cortège d’exactions. Celle-ci ne fait pas exception. Mais les massacres, dont nous gardons tous une conscience diffuse, vont commencer après. Non, ce n’est pas une faute de frappe : les massacres, les colonnes infernales de Turreau, les Lucs sur Boulogne, ce n’est pas pendant la guerre civile. C’est après.

De janvier 1794 à la chute de Robespierre (juillet de cette même année), la Convention et le Comité de salut public mettent en œuvre un plan qui, dans notre vocabulaire actuel, s’appelle un « génocide ». Toute la population située dans le périmètre de la Vendée militaire doit être supprimée.

Toute, sans distinction d’âge, de sexe, ni même d’idéologie : les Vendéens républicains, coupables d’appartenir à la même « race maudite », doivent aussi être supprimés.

Pour cela, on essaie sans grand succès le poison ou le gaz… Avec plus de succès, les noyades et la guillotine seront utilisées jusqu’à Thermi­dor. Mais ce sont surtout les colonnes de Turreau qui feront « merveille » dans l’exécution du plan.
Ce que prouve la découverte de Secher, c’est que ce n’est pas l’initiative d’un cerveau malade isolé, mais un plan réfléchi et adopté par la « représentation nationale ».

Comme après tout génocide, les bourreaux ont tenté d’étouffer l’affaire et de la minimiser. C’est la logique du mémoricide.
Le problème, c’est qu’il est impossible à une société de vivre pacifiquement avec un génocide étouffé sur la conscience. Pire encore : les bourreaux sont couverts d’éloges, sont célébrés dans les rues de nos villes, tandis que les victimes sont plus ou moins explicitement accusées de « l’avoir bien cherché ». Imaginez un peu l’effet d’une place Himmler à Berlin ! Tant que l’on aura des lycées Robespierre, des rues Carnot, ou même le nom de Turreau sur l’Arc de Triomphe, la France ne pourra pas vivre pacifiquement.

Il ne s’agit pas de raviver les vieilles blessures. Il s’agit de les mettre à nu, pour enfin pouvoir les soigner. Il est temps d’en finir avec ce mémoricide. Il est temps que l’État français reconnaisse cette tache affreuse. Pas par goût de la repentance. Mais, pour qu’enfin, nous cessions d’être les complices tacites du premier génocide « scientifique » de l’histoire !

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