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Vers l’Europe allemande


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Menou Pierre - lundi 12 décembre 2011

allemagne, euro
Le premier qui dit la vérité sera taxé de « germanophobie » ! N’en déplaise à François Fillon, les raisons ne sont pas vaines de craindre une vassalisation de la France désespérément accrochée à la relative prospérité allemande – relative seulement, parce que l’Allemagne ne se dégagerait pas sans dégâts de l’économie européenne si elle souhaitait faire « euro à part » avec les pays du Nord et qu’elle est elle-même endettée (cet endettement est cependant moins redoutable que celui de la France en raison du bon équilibre de sa balance commerciale, du maintien de son secteur industriel et d’une pression fiscale beaucoup moins forte qu’en France, ce qui lui laisse une marge de manœuvre bien supérieure.)

La mauvaise posture de la France la conduit à se soumettre au diktat allemand, sans autre contrepartie que le maintien, tout provisoire, dans l’euro, pour retarder le choc et le repousser si possible au-delà de la présidentielle. C’est ce que voit bien Eric Branca dans Valeurs Actuelles du 8 décembre, dans un article intitulé Les Deux défis de Sarkozy :

« Au bout du compte, les différences entre ce que la France proposait et ce qu'elle a obtenu sont donc patentes : alors que Paris souhaitait échanger son acceptation d'un renforcement de la discipline budgétaire commune contre une réforme du statut de la Banque centrale européenne qui lui aurait permis, comme la Fed américaine, de financer l'économie par de la création monétaire, l'Allemagne a salué les concessions françaises (les États dont les déficits dépasseront les 3 % du PIB seront visés par des sanctions « immédiates » et « automatiques » mises en oeuvre par la Cour de justice de Luxembourg) sans céder sur ce qui constituait pour elle l'alpha et l'oméga de son orthodoxie : le maintien de la BCE comme garante suprême de la valeur de la monnaie unique. Pas question, donc, pour elle, d'obéir aux desiderata d'un quelconque gouvernement, même informel, de la zone euro, qui lui demanderait de prêter à des taux raisonnables aux États en manque de liquidité. Ce que fait, par exemple, la Banque centrale d'Angleterre, quand le loyer de la livre dépasse 2,5 %. Ou encore la Fed, sans pour autant que l'inflation reparte aux États-Unis.

D'où la difficulté pour Nicolas Sarkozy de se prévaloir ne serait-ce que d'un marchandage réussi : ce qui a été perdu en termes de souveraineté budgétaire n'a pas été compensé par un surcroît d'oxygène économique. Quant à la proposition qu'il avait faite en juillet de racheter la dette des pays les plus fragiles par l'émission d'euro-obligations, elle a non seulement été abandonnée mais récusée par le président français lui-même : " Comment convaincre les autres de faire les efforts que nous sommes en train de faire nous-mêmes si on mutualise les dettes dès maintenant ? Tout ceci n'a guère de sens ", a-t-il fait valoir lundi, à l'issue de son déjeuner avec Mme Merkel. »

Ce qui se dessine – et que les Anglais ont refusé –, c’est en somme la construction d’une Europe sous hégémonie allemande, d’une Europe allemande dont il n’est même pas certain que la France surendettée fera partie – il reviendra à Angela Merkel ou à son successeur de l’accepter ou pas dans le nouveau club européen. Pour mendier le ticket d’entrée, Nicolas Sarkozy n’est pas seulement prêt à toutes les concessions ; il les a faites.

Ce que François Fillon appelle chez ses adversaires « germanophobie » pourrait bien n’être, tout simplement, que du patriotisme.


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