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Vers un front commun des preneurs de risques


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Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 26 novembre 2008

greves, communisme
Les récentes grèves à la SNCF ou dans l’Éducation nationale ont mis en évidence un phénomène que l’on sentait sourdre depuis des années, mais dont la « grande presse » se fait enfin l’écho. Ce phénomène est simple : plus personne dans la population française ne se sent solidaire des grévistes. Le mythe savamment entretenu des fonctionnaires « faisant grève pour nous », pauvres agents du secteur privé, ne tient plus.

Au passage, je signale que, durant tout le temps où ce mythe a dominé le débat public, nous n’avons jamais pu savoir avec précision si ces braves gens « faisaient grève pour nous », parce qu’empêtrés dans des « rapports de production » iniques, nous n’avions pas les moyens de le faire. Ou, si nous n’avions simplement pas l’intelligence de « savoir » que nous aurions dû faire grève avec eux. Compte tenu de l’idéologie marxiste-léniniste largement hégémonique dans le monde syndical français, ce qui est certain, c’est ceci : les syndicats de la fonction publique, avant-garde éclairée du prolétariat, savaient naturellement mieux que nous ce qui était bon pour nous !

En tout cas, le mythe ne tient plus. Plus personne ne croit que les fonctionnaires ou les agents de la SNCF font grève « pour nous ». Tout le monde critique, au contraire, les grévistes pour les problèmes qu’ils rajoutent à notre vie quotidienne.

Plusieurs supports de la « grande presse » se sont fait l’écho de cette réalité, ces derniers jours. On lisait, ou on entendait, des grévistes s’étonner que la France entière ne les soutienne pas. Et même déplorer que les Français ne se préoccupent que de l’organisation de leur vie quotidienne et non du « vrai sujet » : le motif de la grève.

Tiens, au fait, c’est vrai, ça ! Pourquoi faisaient-ils grève ? Bonne question, dont la réponse n’est pas simple à donner, puisque, selon les grévistes interrogés, on passait d’un sujet à l’autre avec une facilité déconcertante. Ce qui laisse un petit doute s’installer : et s’il n’y avait pas d’autre motif à ces grèves que de montrer au gouvernement la puissance de feu des syndicats révolutionnaires ?

Toujours est-il que le principe de réalité s’impose : nul dans la population ne se sent plus de « solidarité de classe » avec les syndiqués de Sud-Rail. Je puis bien avouer que cela ne me fait pas de peine : je ne me suis jamais senti solidaire avec eux. Et quand, par impossible, j’avais l’impression qu’ils disaient une chose de bon sens, il m’a toujours suffi d’aller creuser un peu pour découvrir que soit les journalistes avaient mal retranscrit leurs propos, soit leur slogan était un pur mensonge tactique.

Il reste que la situation est nouvelle. Ce ne sont plus seulement les anticommunistes primaires comme votre serviteur qui ne se sentent pas solidaires de Sud-Rail et de leurs petits camarades de jeu, c’est la quasi totalité des Français.

Mieux encore : à la place de cette prétendue « solidarité de classe » qui n’a jamais existé que dans l’imagination des personnes intoxiquées de marxisme, commence à transparaître une autre forme de solidarité, autrement plus « subversive ». La solidarité de ceux qui risquent quelque chose : leur emploi, leur capital…

Les PDG du CAC 40, selon l’indépassable modèle Messier, ne risquent pas leur propre argent quand ils font des acquisitions aventureuses. Les agents de Sud-Rail ne risquent pas de perdre leur emploi quand ils immobilisent le reste de la population. Face à ces catégories de « sans-risques », la plupart d’entre nous sommes soumis aux aléas de la vie : nous pouvons perdre nos emplois, notre argent ou nos entreprises par suite d’une crise financière dans laquelle nous n’avons été strictement pour rien. Sinon que beaucoup d’entre nous n’ont cessé de crier « casse-cou » dans les mois qui ont précédé l’éclatement de la bulle. Sans mérite particulier d’ailleurs : il n’est pas besoin d’être spécialement génial pour savoir qu’une hausse du SMIC sans hausse de la production entraîne une hausse de l’inflation, ou que prêter de l’argent que l’on n’a pas à des débiteurs insolvables n’est pas une opération avisée !

Si la convergence des intérêts de ceux qui prennent des risques et créent de la richesse devait se concrétiser, nous tiendrions là un axe politique majeur. Tout le contraire d’une lutte des classes, mais une véritable lutte entre une économie de propriétaires et une économie accaparée, entre nantis et preneurs de risques.

La droite politique aurait intérêt à suivre cette affaire et à soutenir fortement l’économie de propriété et de preneurs de risques, au lieu de paraître, comme elle le fait trop souvent, s’allier à des spéculateurs qui jouent avec l’argent des autres !

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