Bonnal Nicolas - mercredi 28 mai 2008
petrole
De nombreux analystes américains, de droite comme de gauche, restent les bras ballants devant le bilan catastrophique de l’administration Bush. D’autant que, si John McCain, l’homme à la joue qui tombe, comme son prédécesseur biblique, arrive au pouvoir, il ne fera rien d’autre que d’amplifier les déficits, de déclarer de nouvelles guerres, et d’entraîner une hausse apocalyptique du pétrole et du reste.
Mais c’est sans doute ce que veulent certains : une apocalypse conforme à la bible et rendue possible par la dangereuse expansion technologique de notre époque. Les « reborn christians » sont les maîtres d'œuvre du nihilisme de notre époque.
J’ai évoqué de grandes plumes américaines ; je n’allais pas citer des plumes françaises : elles sont devenues nulles et surtout transies à l’idée d’être considérées comme antiaméricaines, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire (de même, nous avons élu un président néocon, c’est-à-dire un homme de droite qui ne sait pas ce qu’il fait).
Je peux citer Pat Buchanan, homme de droite traditionnel, ancien speechwriter de Nixon, effaré par l’entropie du parti républicain, les traités de libre commerce et l’immigration sauvage (il parle maintenant d’Amerimexicana). Toujours à droite, je peux aussi citer l’économiste libertarien Bill Bonner qui prévoyait la catastrophe financière actuelle, le doublement de la dette publique et privée, la montée de l’or et des matières premières, et dénonçait le keynésanisme (mais oui !) de Greenspan et sa bande fédérale. Un pays en déficit chronique et qui utilise l’argent chinois pour acheter des armes et l’immobilier pour justifier la surconsommation de ses ménages ne peut pas aller bien loin. Surtout avec des taux d’intérêt à 2 % (et c’est l’Europe qui est antimonétariste ?).
À gauche, je peux citer Thomas Friedman. Le brillant éditorialiste du New York Times se désespère de l’économie pétrolière bushiste qui a abouti à renforcer le Vénézuela, les pétro-dictatures arabes et la Russie post-kgébiste. Friedman parle d’addiction au pétrole, addiction qui a été renforcée en Occident depuis les années 80 et les pseudo-accidents des centrales nucléaires. Friedman tance aussi Bush pour s’être humilié deux fois, et inutilement, devant l’Arabie séoudite. Bush est aussi inefficace et faible que les guerres qu’il déclenche.
Guerres qui finiront par coûter, pour Joseph Stieglitz, 3 000 milliards de dollars et sont allées de pair avec une régression dans le domaine technologique où les Américains dominaient jusque-là : nous fabriquons des armes qui ne marchent pas pour des ennemis que nous n’avons pas, explique Stieglitz, tout en rappelant que quelques millions de barils à 200 dollars suffiront bientôt aux fonds souverains des pays pétroliers pour racheter Apple, Microsoft ou, bien sûr, la pauvre General Motors. Mais tant que les Texans sont contents…
On peut bien sûr prétendre que ces prix Nobel ou Pulitzer sont des imbéciles et des pessimistes patentés, comme d’ailleurs les 70 % d’Américains qui ont peur de l’avenir ou ne supportent plus l’administration Bush et ses dérives dans le domaine de la santé ou des libertés dont l’Amérique était pourtant le modèle.
Contrairement à d’autres, je ne me félicite aucunement de ce déclin américain qui va nous amener vers un monde multipolaire et donc dangereux : un monde islamo-sino-russe avec des composantes populistes ou fanatiques aux quatre coins du monde. Mais c’est bien la fausse droite américaine des néocons (les bien nommés) qui aura armé ce désastre.
Je sais bien aussi que, sur le plan politique ou militaire, bientôt démographique et économique, l’Europe ne vaut rien (quand je pense que nous n’avons toujours pas de langue commune, alors que les Espagnols ont su unifier le subcontinent américain il y a 400 ans, et sans technologie…), et que ce n’est pas elle qui ramènera l’administration américaine dans le droit chemin. L’élection US de cette année, complètement soumise aux minorités raciales ou aux questions de genre sexuel, n’est pas là non plus pour nous rassurer. Il va falloir nous préparer à un nouveau monde qui n’aura rien d’américain, ni même d’occidental…
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