enseignement du gender
Offre gratuite !
La version papier :
pendant 4 semaines dans
votre boite aux lettres
Cliquez ici
Notre lettre d'infos

Vers une Europe gorbatchévienne


envoyer cet article à un ami
Imprimer cette page


Voter pour cet article
81 VOTES
1412 LECTURES

Milliere Guy - mercredi 18 novembre 2009


Les cérémonies commémorant, à Berlin, la chute du mur auraient dû me réjouir. J’ai eu, plutôt, une sensation de malaise. Ce qui se déroulait sous mes yeux était une falsification de l’histoire de l’époque et une description presque obscène du présent.

On montrait, certes, les horreurs de la dictature qui régissait l’Allemagne de l’Est il y a vingt ans. Mais les incriminations du communisme, donc de l’idéologie responsable de la construction du mur et de l’asservissement de multitudes étaient très discrètes. Sans doute semblait-il inopportun de froisser les tenants du dogme communiste toujours en activité en Europe ou leurs nombreux compagnons de route. Sans doute semblait-il inapproprié de rappeler que, si le nazisme a déclenché le second conflit mondial et commis le plus abominable crime contre l’humanité de l’histoire, le communisme a tué cent millions d’êtres humains et inventé les camps de concentration. Et il aurait semblé plus inapproprié encore de rappeler que des pays sont toujours sous le joug de partis communistes aujourd’hui : Cuba, la Corée du Nord, le Vietnam, la Chine.

Le mot totalitarisme lui-même n’a été utilisé qu’à dose homéopathique. Nul n’a évoqué, bien sûr, le régime aujourd’hui en place à Moscou ; Medvedev était là. L’ancien apparatchik Gorbatchev a été ovationné. Comme s’il avait été l’artisan d’un processus qui, en réalité, n’a cessé de le submerger…

Et nul n’a insisté sur le rôle essentiel joué par Ronald Reagan. Sans la stratégie et l’action de Reagan, le mur aurait duré bien plus longtemps, peut-être même serait-il encore debout. Sans Reagan, l’empire soviétique aurait pu se perpétuer. Reagan a rompu avec la politique d’endiguement née au temps de Truman, avec l’apaisement façon Carter, avec la realpolitik façon Nixon. Il a compris que l’Union soviétique était un monstre dangereux qu’il fallait abattre. Il a ajouté à l’invalidation morale du communisme, le soutien aux dissidents et un réarmement matériel destiné à montrer aux potentats du Kremlin qu’ils ne faisaient plus peur.

Les bien-pensants européens l’ont, à l’époque, traité d’abruti dangereux. Les dirigeants soviétiques, eux, savaient ce qui était en train de se jouer. Ils ont nommé Gorbatchev pour tenter d’incarner un « communisme à visage humain ». La stratégie a fonctionné avec les bien-pensants d’Europe occidentale. Elle n’a eu aucune prise sur Reagan.

La chute du mur et l’abandon de la partie européenne de l’empire étaient une façon pour les dirigeants soviétiques de sauver ce qui pouvait l’être. Ils n’ont rien sauvé, et le régime est tombé deux ans plus tard.
L’absence de l’évocation de Reagan n’a pas été un hasard. Les dirigeants européens voulaient clamer que l’Europe s’était « libérée » seule, par la grâce d’on ne sait quel « esprit européen ». Ils voulaient ne pas rappeler que ce fut une victoire américaine et le fruit d’une affirmation ferme des valeurs éthiques de la liberté.

Reagan était un homme debout : l’Europe contemporaine est une Europe couchée dans la position de l’apaisement. Reagan était attaché à la libre entreprise, au droit et à la démocratie : l’Europe contemporaine est une Europe de l’économie mixte et de la dictature technocratique douce qui s’installe et va s’accentuer avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne.
Pour séduire les Européens de l’Ouest, Gorbatchev parlait, en 1989, de « maison commune ». Vingt ans après la chute du mur, ce qui s’édifie en Europe ressemble, de fait, terriblement à la « maison commune » dont parlait Gorbatchev.

Un homme tel que Reagan, ses idées – celles-là mêmes qui ont permis un immense mouvement de libération voici une génération – n’avaient pas leur place à Berlin le 9 novembre dernier. Gorbatchev, lui, était à sa place, hélas !

La chute du mur a été une défaite provisoire du système soviétique. L’Union européenne est aujourd’hui proche d’une vision gorbatchévienne du monde. Obama n’est pas venu parce qu’il ne voulait pas citer Reagan, mais il a lui-même une vision gorbatchévienne du monde. Et c’est pour cela qu’on l’aime en Europe et qu’on l’apprécie de moins en moins en Amérique. Vladimir Boukovski a évoqué, récemment, l’avènement d’une Union européenne soviétiforme. Nous y sommes.

14 commentaires - Ecrire un commentaire


Recevez gratuitement
la version papier,
pendant 4 semaines !

Cliquez ici

En bref



Plan du site