Lance Pierre - dimanche 31 octobre 2004
Les Français seront appelés en 2005 à se prononcer sur le projet de Constitution européenne adopté en principe, et non sans peine, par les gouvernements des 25 États de l’Union. Comme l’ont déclaré diverses personnalités de tendances différentes, ce projet de Constitution, issu de laborieux compromis, est le moins mauvais possible. La vraie question n’est d’ailleurs nullement de juger ce projet, mais, beaucoup plus simplement, de savoir si l’Europe a besoin d’une Constitution, que ce soit celle-ci ou une autre. Or, dès l’instant que l’on est favorable à la construction d’une Europe unie, on ne peut que répondre « oui », me semble-t-il. Il faut d’ailleurs se souvenir qu’une Constitution, qu’elle soit nationale ou internationale, n’est jamais coulée dans le bronze. Les révisions constitutionnelles sont fréquentes, car une nation est un être vivant qui doit évoluer et s’adapter aux circonstances nouvelles, en restant néanmoins fidèle aux principes sur lesquels elle se fonde. Il en est évidemment de même pour une Confédération de nations. J’ai lu avec intérêt et considération l’appel pour un « sursaut national » de Charles-Philippe de Bourbon d’Orléans publié dans notre dernier numéro.(Dans la partie payante) J’en salue le patriotisme et les nobles intentions, mais je n’en suis pas moins consterné par le souverainisme étriqué qu’il exprime, et par la proposition totalement irréaliste d’une Europe fondée seulement « sur la coopération entre les États, suivant des formules souples et en fonction des intérêts communs ». D’abord parce que cette Europe-là existe déjà concrètement depuis 60 ans et qu’il est donc inutile de la proposer. Ensuite parce que, dans le nouvel ordre mondial qui s’édifie depuis la chute de l’empire soviétique, aucune nation européenne ne pourra survivre seule en dehors d’une association de pays. La Suisse est l’exception qui confirme la règle. Mais si la Suisse, d’ailleurs exceptionnelle à maints égards, peut se permettre le luxe de ne pas adhérer à l’Union, c’est principalement parce que l’Union l’entoure et la protège. Quel panorama nous révèle en effet le monde de 2004 ? a) Une superpuissance économique et militaire, les États-Unis, qui prétend faire la loi aux quatre coins de la planète. (Et ce n’est pas être antiaméricain que de le dire ; c’est tout au contraire inciter fraternellement notre meilleur ami à garder le sens de la mesure et du respect d’autrui.) b) Une puissance montante à vive allure, la Chine, qui sera probablement dans moins de dix ans la seconde superpuissance mondiale. (Ses ambitions seront-elles mesurées ? Nous n’en savons rien. Mais cette dictature « fasciste rouge » n’a en soi, rien de rassurant.) c) L’Islam, qui est le théâtre d’une explosion démographique démentielle, chapeautée par un fanatisme religieux archaïque exploitant le désespoir d’une jeunesse sans avenir et prêt à lancer sur le monde les quatre cavaliers de l’apocalypse. Je suis certes sensible au cri émouvant jeté par le Comte de Paris en 1998 : « Ne renoncez pas à la France ! » Mais ce serait précisément renoncer à la France (et même à la civilisation occidentale) que de ne pas resserrer ses liens avec les autres nations d’Europe, qui se sont tant déchirées, alors qu’elles ont tant de choses en commun. Qu’on me fasse la grâce de le croire : Je n’ai aucun désir de renoncer à la France ni de tourner le dos à ses trente siècles d’Histoire, Gaule incluse (et non pas dix siècles, comme le déclare ingénument M. de Bourbon d’Orléans, qui me semble mettre quelque suffisance à réduire l’Histoire de notre pays à celle de sa famille). Mais quels que soient les défauts de l’actuelle Union européenne (excès de bureaucratie, insuffisance de démocratie, manque de transparence…), défauts d’ailleurs corrigibles si nous y veillons, elle me paraît être le cadre indispensable pour assurer notre avenir, cadre sans lequel nous serions laminés par les déferlantes humaines, économiques et idéologiques qui vont parcourir la planète. C’est pourquoi je voterai « oui » à la Constitution européenne.
P.-S. - On me demande pourquoi je n’ai pas répondu à M. Guyénot, qui me prenait à partie dans notre N° 440, au sujet de mon livre « Alésia, un choc de civilisations » (Éd. Presses De Valmy). Mais que puis-je répondre à quelqu’un qui parle d’un livre qu’il n’a pas lu, qui connait si mal le sujet de la civilisation gauloise et qui croit pouvoir me confondre avec Astérix ? Rien.
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