Mathieu Alain - dimanche 19 juin 2005
Le discours de politique générale que Dominique de Villepin a prononcé le 8 juin à l’Assemblée Nationale est celui qu’on pouvait attendre d’un homme qui a été fonctionnaire toute sa vie, et n’a jamais connu d’entreprise. Convaincu que « notre nation s’est construite autour de l’État », il attend de celui-ci la solution au problème du chômage. Des « pôles de compétitivité » financés par l’État, des « grands chantiers routiers et ferroviaires », des dépenses supplémentaires (4,5 Mds en 2006) permettant à l’État d’avantager les bas salaires, des réductions d’impôts supplémentaires pour les HLM, le renforcement du rôle des sous-préfets, l’incitation donnée aux fonctionnaires d’aider les entreprises « en les conseillant », toutes ces mesures ne font confiance qu’à l’État pour résoudre le problème. Le chômage des plus de 50 ans doit être résolu par leur embauche dans la fonction publique, de même que celui des jeunes, dont les embauches par l’État vont être multipliées par cinq. Les jeunes sans qualification et sans emploi seront embauchés par les Armées. Le chiffre cité à ce sujet par Dominique de Villepin est surprenant : « 60.000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans emploi et sans qualification ». N’a-t-il pas lu la « lettre à ceux qui aiment l’école » de son ancien collègue Luc Ferry, qui les évalue à 158.000 ? La modeste réforme des statuts des 900 corps de la fonction publique proposée par Renaud Dutreil, comme l’ambition de Jean-Pierre Raffarin de ne remplacer qu’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, sont abandonnées. Dominique de Villepin est là pour protéger de toute évolution notre fonction publique, crispée sur ses effectifs et ses privilèges. Cet immobilisme au profit des fonctionnaires est la réalité qui se cache derrière la défense du « modèle social français ». Alors que tous nos concurrents s’adaptent, notre pays devra encore traîner l’énorme boulet de nos excessives dépenses publiques, et nos entreprises seront incapables d’exploiter les formidables opportunités qu’offre la libération des échanges, dont profite le monde entier. Dominique de Villepin va jusqu’à louer deux fois le « dévouement sans réserve » de nos fonctionnaires et de nos enseignants, ignorant sans doute que nos profs du secondaire ont une obligation de présence hebdomadaire à l’école qui est la moitié de celle de nos voisins. Il veut maintenir tous les services publics de proximité, même dans les communes qui se dépeuplent, pendant que nos voisins évoluent, par exemple en confiant des services postaux à des commerçants. Dominique de Villepin sait bien que, pour réduire le chômage, il ne peut pas compter sur les grandes entreprises, puisque la plupart d’entre elles, y compris les publiques, fuient à tire d’aile un pays qui préfère les fonctionnaires aux entrepreneurs. Il sait que seules les PME ou les TPE - très petites entreprises, moins de 10 salariés- peuvent, dans le secteur privé, accroître l’emploi. Aussi a-t-il prévu pour les TPE des simplifications de formalités de versement des salaires (« chèque-emploi »), quelques exonérations de charges (entre 10 et 20 salariés), et sa grande innovation, le « contrat nouvelle embauche », contrat dans lequel la période d’essai est portée à deux ans. Mais comment a-t-il pu s’imaginer que ce contrat aurait une réelle influence sur l’embauche ? Actuellement les TPE utilisent un contrat à durée déterminée, suivi pour la même personne par un contrat d’intérim, puis à nouveau un CDD, puis un intérim, etc, et obtiennent ainsi, peut-être pas en toute légalité, mais par tolérance de l’inspection du travail, le même résultat qu’avec le « contrat nouvelle embauche » : pouvoir se séparer d’un collaborateur si les commandes baissent. Par rapport à cette situation, le « contrat nouvelle embauche » ne présentera pas d’avantage, et un grave inconvénient : il faudra verser au salarié licencié une indemnité de préavis, proportionnelle à la durée de travail effectuée, alors que cela n’est pas actuellement exigé. Il faut vraiment mal connaître l’économie réelle pour avoir imaginé une mesure aussi peu efficace contre le chômage.
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